Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

mercredi 1 septembre 2010

Requiem pour une promesse


J'ai bien vu la misère de mon cœur !
Prenant tous les risques malgré tout,
J’ai engendré un profond courroux
Alors que je souhaitais que jaillisse l’amour.

Quant à la clarté, on substitue la confiance

L’on trouve en vérité un agrégat pervers
Engluant l’être dans une médiocre défiance,
Alors de l’été, on passe au milieu de l’hiver.

Comment ai-je pu te perdre en chemin ?

Sur quelle route es-tu allée te fourvoyer ?
Je croyais que je pourrais partout te retrouver,
mais ton pays est vaste, plus vaste que demain.

J’avais tout donné, côtoyant la fosse au grand jour.

Tout est perdu du grain que fécondait l’amour,
Mais je sais que l’amour est une si grande chose,
Qu’on peut tout perdre sans le rendre morose.

Voici que des profondeurs jaillit ce cri terrible :

Tu iras là où tes murs lézardés encore t’enfermeront
Moi, j’irai où fleurira l’espoir d’un fragile bourgeon... 



Pascal Tornay

jeudi 26 août 2010

Une prière qui tranche dans le vif !

Le 23 janvier 1996 s’ouvrait à Topeka, une session de la Chambre des Représentants de l'État du Kansas (USA). Cette session fut ouverte par la prière de M. Joe Wright, pasteur de l'Église Chrétienne Centrale à Wichita à la demande d’Anthony Powell, un républicain de Wichita lui aussi, qui avait également été membre de l'Eglise de Wright. Le pasteur avait été invité à siéger au titre d'aumônier de la Chambre basse du Kansas. Tous s’attendaient à une prière embrassant les banalités les plus crasses, mais ce qu’ils entendirent ce jour-là les dérangea au plus profond. Cette prière d’ouverture fut un moment chaud et n’a pas manqué de semé la controverse.

Voici ce qu’ont entendu les membre de la Chambre ce matin-là :

mercredi 30 juin 2010

bizzaroïdes de voyage et incongrues de rencontres !

Quelques bizzareries de voyages et photos insolites...



Pas juste !
(vu sur les routes africaines)
Merci à tous ces gens bons !

mercredi 16 juin 2010

Réincarnation et résurrection

Il est étonnant de constater à quel point le regard spirituel de nos contemporains, et des jeunes chrétiens en particulier, est attiré par les croyances bouddhistes. S’agissant de leurs croyances à propos de l’au-delà, j’ai régulièrement constaté qu’ils accordaient plus volontiers et plus facilement crédit au cycle des réincarnations dans la vision bouddhiste qu’à l’approche chrétienne de l’au-delà, vécu juste devant leur nez…


mercredi 9 juin 2010

Le clown : pitre de l'authenticité !

Photo : (c) Sophie Daigle,
université Laval (Canada)
Jouer un rôle permet de prendre de la distance par rapport à sa propre personnalité ou à tel comportement. Imaginez le nombre d'attitudes intérieures que nous avons chaque jour à canaliser, à réorienter, à dissimuler, à formuler ou à reformuler... Une quantité incroyables d'attitudes - et c'est là un aspect de notre grandeur - passe par différents filtres et notamment celui des valeurs que nous avons intériorisées.

Le clown, lui, se joue de ces filtres. Ou mieux, il les a tellement intériorisés lors de la mise en scène, qu'il parvient à utiliser ces attitudes avec une liberté toute nouvelle. Cette liberté dont il se permet d'user et d'abuser déclenche spontanément le rire chez le spectateur... Il se joue alors de l'ironie, de la satyre, de la naïveté, du désir, du pouvoir et de la peur avec une distance nouvelle qui fait
parfois envie à ceux pour qui ces filtres sont devenus des esclavages!

Pitre de l'authenticité, le titre est bien choisi... Quand la vérité du conditionnement des relations humaines baisse le voile et laisse voir la médiocrité du genre humain ! Médiocrité au sens de moyen, bien sûr ! Car, sur ce plan, le clown nous met tous sur pied d'égalité... et cela fait tellement de bien ! Chapeau bas à tous les clowns qui cultive l'être à travers le paraître. J'aime tellement les paradoxes, et les clowns savent si bien s'en servir.

Pascal Tornay

samedi 24 avril 2010

Pour les gouvernements, qui prime ? Les structures ou les personnes...

Comme tous les autres gouvernements qui ont connu une crise financière au niveau bancaire ou encore une houle économique liée aux difficultés financières de très grandes entreprises, le Conseil fédéral n'a pas longtemps tergiversé pour venir secours de ces dernières. En effet, ces entreprises multinationales sont si vastes et leur réseau si important que, lorsqu'elles sont en proie à des baisses de régimes, elles peuvent mettre en danger l'ensemble de la stabilité d'un Etat et la vie quotidienne de millions de personnes. En outre, leur poids économique est décuplé par la spéculation boursière qui agite à tous vents leur cash-flow, leur image et leurs bénéfices... L’Etat vient à la rescousse de ces structures pour éviter un chavirement dont les conséquences se répercutent sur toute une population de salariés. Mais l’Etat devrait-il secourir d’abord et plutôt les personnes et les structures économiques ensuite et dans une moindre mesure ?

Une premier argument objectif consiste à dire que la personne se situe en amont des structures. Elle les détermine, et par conséquent, étant à la base de ce qui est décidé et produit dans les structures, c’est la personne – tout au moins l’unité familiale – qui devrait être première servie au niveau d’un plan de secours.

Deuxième argument. On l’a souvent constaté, les grandes structures portent en elles les germes de leur propre perte. Mal gérées, trop vastes pour tenir une certaine cohérence interne, usant de procédés qui favorisent une entropie trop rapide, liées à une oligarchies aux objectifs démagogiques et aux salaires scandaleux, abusant des ressources matérielles et naturelles là où elles sont implantées, ces méga-structures ont pris un pouvoir, un poids économique, politique et financier que certains Etats eux-mêmes peinent à contre-balancer. Cette taille gigantesque est un danger permanent pour la stabilité humaine d’un Etat, surtout s’il est politiquement faible ou corrompu.

Troisième argument. L’aide d’un Etat à une entreprise – comme elle le serait à un individu ou à une famille – doit être très étroitement conditionnée pour ne pas être perçue comme une incitation à poursuivre sans contrôle sur une lancée perverse, si tel en était le cas. L’aide perçue par les entreprises devrait ainsi être proportionnellement contre-balancée par une prise de pouvoir de l’Etat garant ou tout au moins une surveillance de proximité sur le fonctionnement de l’entreprise.

En ce sens, il apparaît proprement scandaleux pour certaines couches de la population de voir l’Etat sauter au secours de structures d’entreprises comme Swissair à coups de millions - que dis-je, de milliards, dans certains autres cas - sans que cette aide énorme n’aie de sérieuses répercussions sur la sécurité financière des ménages qui, par ailleurs, sont souvent les « entreprises » les plus en danger lorsque les crises s’abattent sur les économies nationales. Quand, en plus, cette aide n’a de conséquences positives que celles de prolonger un sursis concordataire, ou de recrépir une simple façade qui favorisera la liquidation, l’incompréhension et la colère n’en sont que plus grandes…

Lorsque l’on touche au secteur bancaire, il semblerait que les gouvernements puissent se permettre encore plus d’audace puisque l’on touche là aux nerfs de la guerre. Les particuliers ne sont pas en reste, et ne critiqueront pas outrageusement leurs dirigeants puisqu’ils ont justement placé leur pécule dans l’établissement qui le leur « garde au chaud » !

En régulant le marché économique par le biais d’octrois de crédits massifs aux multinationales en danger, je crois que l’Etat ne vise pas assez en amont et se contente d’un emplâtre sur une jambe de bois. Certes, à court terme, son action peut se justifier. Mais à long terme, si l’Etat continue de favoriser les « grosses structures », il se trouvera de plus en plus pieds et poings liés avec les mécanismes pervers qu'elles génèrent. Finalement, en soutenant si massivement les entreprises les plus puissantes, je pense qu'il se fragilise lui-même et se met dans une situation où il voit son crédit auprès des populations baisser et sa propre souveraineté politique rongée. Certes, ces grandes entreprises représentent des millions d’emplois. Mais en voyant l’affaire sur une longue durée, je crois sincèrement qu’il est malheureux de miser aussi gros sur ces colosses aux pieds d’argiles, surtout en tenant compte de la folie de la spéculation boursière à laquelle il sont liés !

Je demande : Pourquoi les gouvernements ne cherchent-ils pas d’abord à renforcer et à stabiliser le pouvoir d’achat des ménages et le tissu économique des PME qui sont certainement le ciment économique, social et humain le plus solide d’une société et le moins enclin à la spéculation et auxperversités financières. Les gouvernements travailleraient ainsi à une plus grande confiance de la population dans les institutions, à une plus grande stabilité globale en soutenant plutôt l’initiative, la productivité et la consommation locale.
 
On le voit, l’Etat ne peut pas se passer des intermédiaires structurels. Je crois pourtant que les Etats ne se soucient pas assez des personnes. Si les structures servent les personnes, les structures les étouffent aussi bien souvent. Pourtant, c’est par les structures que l’Etat canalise et contrôle la redistribution des richesses. Je crois que, du point de vue philosophique et humain, la personne a trop souvent déserté les programmes politiques. Le libéralisme trop outrageusement libéral, la spéculation boursière et ses impératifs de maximisation des profits et les très grosses structures accaparent entre trop l’attention des gouvernements. Les méga-entreprises et leurs dirigeants sont trop orgueilleux. Ils fanfaronnent devant les gouvernements et les ménages à coups de bonus mirobolants et menacent tout à coup tout une nation lorsqu’ils ont pris trop de risques ou que leurs investissements se révèlent être du vent !

Gouvernements investissez dans la personne humaine, dans le local, dans les petites choses ! Ainsi vous pourrez être fidèles et justes quand les grandes seront à votre porte !


Pascal Tornay

samedi 17 avril 2010

Pâques 2010 : Dieu aime-t-il Satan ?

Dieu aime-t-il Satan, Lucifer, Belzééboul et les esprits des ténèbres ? En voilà une question ! Spontanément, d'une seule voix, on voudrait s'exclamer que non ! Et pourtant...

Christ est vraiment ressuscité, Alléluia !


dimanche 11 avril 2010

Le besoin de juger autrui

Le Christ et la femme adultère.
SIGNOL Emile (1804-1892)
Conservé au musée du Louvre, Paris
http://www.artbible.ne
Juger signifie étymologiquement – entre autres pistes sémantiques que je ne développe pas ici – « rendre ce qui est juste ». Magnifique retour à une définition-source qui nous détourne d’emblée du poids moral négatif lié au regard d’autrui que nous nommons « jugement » mais qui n’est en réalité qu’un minable préjugé, une mise en accusation sommaire.

Cette acception laisse entendre que la justice est à rendre, comme un juste retour des choses. Retour… Comme si elle s’était perdue dès le départ. Elle laisse entendre aussi que "juger" constitue un besoin fondamental des êtres humains. Cette étymologie invite même à partir de l’idée chaque être humain a, sourdement, le désir d’être jugé, c'est-à-dire que chacun, ressent le besoin qu’on lui rende ce qui est juste ou, en d’autres terme, qu’on lui fasse justice.

En fondant ainsi cette réflexion, chacun pressent que des aspects très particuliers et peu connus de la notion de jugement affleurent ici. Aspects positifs, essentiels, vitaux même. Ces aspects paradoxaux peuvent paraître fous ou utopistes, hors de portée des hommes. Ceux justement qui en auraient tant besoin. En effet, le pouvoir de juger n’est-il pas avant tout une prérogative essentiellement divine ?

Je tiens le jugement tel que je le présente ici comme vital à la condition d’homme. Bon et vital à condition que le jugement soit rendu de manière gratuite, dans l’optique de la justice et du bien, dans la finalité ultime du salut, dans le sens de l’amour et qu’il provienne d’une autorité légitime de par sa position, sa nature et sa crédibilité. Dans ce sens, il est vrai que juger n’est pas donné à tout le monde… Loin s’en faut. De cette perspective, juger est un acte souverain, extraordinairement exigeant et fondé sur l’amour ! Dieu seul peut juger ainsi. Dans cette perspective, nous pouvons être dans une joie inouïe ! Être jugé par l’amour lui-même, n’est-ce pas notre planche de salut ? C’est ce que dit St Jacques :


« Parlez et agissez comme des gens qui doivent être jugés par une loi de liberté. Car le jugement est sans miséricorde pour qui n'a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se rit du jugement. » (Jc 2, 12-13)

Les hommes, eux, se sentent l’âme de juger avec la plus grande facilité ! Le plus souvent sans autorité ni légitimité, sans discernement ni recul, sans pitié et sans amour, sans finesse ni miséricorde. C’est ainsi que les jugements des hommes sont froids et donnent si souvent la nausée parfois même la mort. C’est ainsi que le jugement se meut en un torrent fielleux et mièvre, qu’il est perverti en un outil de destruction massive. La capacité de jugement des humains est ambivalente car il est rongé par l’orgueil : ses sentences ont pouvoir de vie ou de mort sur ceux qu’elles frappent. Blessés que nous sommes tous d’avoir été un jour mal jugé par nos pairs, nous avons tendance à prendre la notion de jugement de manière très négative. Quel gâchis ! C’était pourtant bien parti ! Mais les expériences malheureuses sont là. Nous sommes blessés et nous blessons à notre tour. L’imaginaire humain lié à la notion de jugement est truffé de scènes vécues de moqueries, d’humiliations et de condamnations. Ces jugements qui ont si souvent semés la mort en nos profondeurs ne sont que des traces faussées et des images perverties de ce qu’est le jugement dans son essence divine. Car Dieu juge bel et bien l’homme, mais dans le seul but de le sauver et de le restaurer dans sa dignité.

Cette façon, ce besoin maladif parfois, de méjuger autrui, c'est-à-dire de nous en faire une image négative ou de le considérer comme inférieur à nous-mêmes est profondément enraciné en chacun de nous. Le jugement négatif sur autrui peut naître de nos angoisses les plus enfouies. Inconsciemment le plus souvent, nous plaquons sur les autres des étiquettes qui les classifient de telle manière à les enfermer dans des enclos psychologiques d’où nous pensons qu’ils n’auront aucune chance de sortir pour venir déstabiliser notre système de pensée, de valeurs. Ce méjugement nous donne le sentiment extraordinaire d’exister. C’est ainsi que nous nous plaçons nous-mêmes artificiellement au-dessus des autres en ayant énoncé plus ou moins explicitement tel verdict face à telle personne. Nous nourrissons ainsi notre ego souverain et nous nous enfermons du même coup dans une supériorité totalement illusoire. Supérieurs aux autres certes, mais seuls…

En creusant un peu ce qui se tient tapi derrière ces jugements péremptoires, on trouvera à coup sûr toutes nos peurs. Ces peurs, nées de nos blessures profondes, qui pervertissent notre véritable capacité de jugement, de discernement. La peur nous conduit à mal juger de nous-mêmes et d’autrui. Nos peurs pervertissent ainsi à la fois notre capacité et nos critères de discernement et, par-là, nos jugements eux-mêmes. C’est ainsi que, progressivement, nous nous enfermons dans une sorte de tour d’ivoire que nous croyons solides, alors qu’elle n’est entretenue que par des peurs…

Certes, selon notre fonctionnement conceptuel, nous avons besoin de nous faire une image, une idée d’autrui pour pouvoir l’aborder et entrer en relation. Cependant, ce sont déjà là des jugements – j’entends : une réalité filtrée par notre univers de valeurs personnel. Le plus souvent, ces images ont des conséquences modestes. Le problème se corse sérieusement lorsque ces mauvais jugements s’ancrent en nous sans laisser à l’autre l’espace dont il a besoin pour s’ouvrir et se laisser découvrir. Progressivement, ces préjugés vont bloquer la construction du lien social, car l’autre n’est jamais comme je l’attends…

http://media.paperblog.fr

Notre besoin de juger négativement autrui est profondément enraciné. Il nous faut donc apprendre à regarder véritablement ce qui nous y pousse aussi souvent. Pourquoi un tel besoin de placer autrui, ses rêves, ses actes sur notre balance et vouloir l’y bloquer ? Pourquoi ai-je ce besoin si pressant de l’y mettre, si ce n’est pour être sûr, moi, que je n’y suis pas… Cesser de condamner autrui va me demander d’abord de faire un travail de conscience et de vérité sur qui je suis et ensuite de rectifier (rendre droit) mon jugement sur moi-même. Ne sommes-nous pas les pires juges pour nous-mêmes ?

Si nous voulons juger, alors nous devrons, pour le faire en vérité, rendre à chacun ce qui est juste, à commencer par mon propre regard sur moi-même. Et ce qui est juste doit passer la rampe de la vérité et de l’amour… Pour pouvoir le faire valablement, il me faudra trouver en moi une certaine dose de courage pour abandonner mes peurs (de la différence, du souvenir traumatisant…) et activer en moi la volonté de laisser l’autre être ce qu’il est pour le découvrir tel qu’il est. Donner une chance à l’autre de penser, de vivre, d’être à sa manière est un acte non moins souverain que de le juger. C’est l’aimer.

Alors, juger redevient un acte de relèvement. Je juge l’autre digne d’être ce qu’il est, à sa manière et je juge qu’il est riche de ce que je ne suis pas, de ce que je ne porte pas parce que c’est la Vérité !

C’est ainsi que le pouvoir de juger ira de pair avec une très grande honnêteté avec soi-même, avec une grande capacité à se décentrer de ses propres critères, une grande clairvoyance et un grand courage qui laissent l’autre être autre, qui laissent l’autre avoir sa propre histoire et sa propre logique. Cela ne veut pas dire pour autant que tout est relatif et admissible. La justice s’achoppe toujours à la vérité à un moment ou à un autre. Encore faut-il la découvrir ou, mieux, la laisser émerger en nous…

C’est dans ce contexte que S. Paul demande à ses interlocuteurs de savoir considérer les autres comme supérieurs à soi-même. (2) On voit qu’il ne s’agit pas d’une sorte de fausse modestie, mais d’une noblesse humaine individuelle qui considère l’autre comme également porteur d’une beauté surprenante et d’une vérité étonnante dont il est possible de s’enrichir les uns les autres.

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés (3), dit Jésus.  Il signifie à ses interlocuteurs de ne pas se mettre à une place qu’ils ne pourront pas assumer le moment venu. Jésus exhorte de ne pas se placer dans une posture de justicier alors que personne, en réalité, n’en a ni l’autorité, ni la capacité, sinon Dieu seul.

Oui, il faut, pour pouvoir juger au sens premier du terme, une intégrité personnelle, une noblesse et une souveraineté telle qu’au final, seul Dieu peut agir de cette manière. Lui qui est amour et vérité, nous jugera donc bien au dernier Jour… Qui a peur d’être jugé par un Dieu qui s’est abaissé par amour pour l’Etre humain, au point d’envoyer son propre Fils pour Le sauver ? Nous avons bien un juge, mais un juge sauveur ! Voilà toute la différence.

Pascal Tornay
Avril 2010

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Notes
(1) Cf. Lytta Basset, « Moi, je ne juge personne », Ed. Albin Michel / Labor et Fides, Paris / Genève, 1988
(2) Lettre de S. Paul aux Philippiens 2, 3

(3) Lc 6, 37

lundi 22 mars 2010

Lettre aux cochons

Les poubelles du compagnon paysan ne lui sont pas aussi utiles que ses bons vieux cochons. En bestioles tendres au teint rosé, les cochons incarnent mal le terme par lequel on les désigne. Malgré leur réputation par trop mal faite, ils ont par leur nature profonde depuis si longtemps servi l’humanité. Sachons ici leur rendre un témoignage reconnaissant. Les cochons ne sont-ils pas au paysan ce que les usines de recyclage sont à la société moderne ? Ne sont-ils pas à la société d’antan, ce que les aspirateurs sont aux ménagères accomplies d’aujourd’hui ?

Les voyez-vous ? Ils se tiennent là, tranquillement, à l’ombre des chênes dans leur enclos boueux. Pendant les mois chauds de la saison d’été, vous les verrez souffrant, fuyant le soleil dardant trop puissamment ses rayons brûlant sur leur peau fragile. Ils n’ont aucune gêne à s’enfoncer à grands traits dans la fange fraîche mâchonnant un reste de chou lancé par les enfants qui passent leur donner leurs trouvailles tous les après-midi. Ils vous dégoûteraient que vous n’auriez rien compris à l’importance qu’un tel animal peut revêtir pour la vie de l’ensemble de l’humanité. Leur tendresse, leur docilité et leur estomac résistant en font des compagnons estimés des basses-cours. Pensez ! N’ont-ils pas été les
usines de triage d’autrefois, et les bienfaiteurs des générations passées. Du hère au roi, ils ont nourri toute la terre et enrichi bien des propriétaires.

Qu’est-il de mauvais dans le cochon, avouez-le ? Rien de si bon ! Mis au ban des animaux par les musulmans, moi, je vous défendrais, cochons de toute nation. Je vous défendrais pour l’honneur qui est dû de si exceptionnelles bêtes. A vous cochons martyrs, porcelets pieds et queues liés, verrats et truies, j’érige, cette stèle en forme de mots comme un obélisque de reconnaissance. Je me fais votre avocat et, par cet éloge qui monte vers vous, comme un encens, voici mon admiration pour votre race. Je vous estime et vous redis ma gratitude pour l’inestimable dette que nous avons envers vous et dont vous nous faites jour après jour la grâce de la nullité !

Pascal Tornay

dimanche 21 février 2010

La tyrannie de la subjectivité

Dans une société où le sens de l’absolu a été perdu de vue, rien de tel que son petit univers pour devenir soi-même un petit roi de droit divin…
Nous le disions, une société qui a perdu de vue le sens de l’absolu, de l’objectivité, a perdu aussi la capacité de s’extraire de soi et de s’élever, de se distancier. Je dirais même plus, de douter de soi pour en croire un Autre. Cette capacité de décentration qu’il est aisé de perdre progressivement pour différentes raisons est en réalité un enjeu de vie ou de mort pour chaque individu et, plus largement, pour chaque société humaine. Cette capacité humaine d’objectiver, autrement dit de conceptualiser , c'est-à-dire de s’extraire par la pensée de sa propre perception subjective du monde, des choses et des autres est essentielle pour le maintien de la dignité humaine. Je m’explique par la caricature.

jeudi 21 janvier 2010

Les Vollégeards d'autrefois III

Décidément, les vieilles photos déchaînent les passions... Une magnifique scène, que dis-je, une trinité de vollégeards complices ! Maxime Vaudan, Alexis et Edouard Murisier à l'apéro.



 

 
Mariage d’Elisa Terrettaz et de Jean Delasoie au lieu-dit "Les Moulins" à Etiez en septembre 1943
Devant de g. à dr.
André Berguerand -1918-, Tony Tornay -1923-
2e rang de g. à dr.
Inconnue, Laurence Terrettaz, Zuberbühler de Lausanne, Marie-Louise Maté, Gisèle Moulin-Pasche, Inconnue, Marguerite Berguerand-Biolaz.
Derrière de g. à dr.
Annette Bruchez-Métroz, Cécile Bruchez-Terrettaz, Mme Zuberbühler, Louis Delasoie (Jean Terrettaz derrière), inconnue, Marie Terrettaz-Pellaud, Aman Terrettaz, Elisa Terrettaz -la mariée-, le curé François Michelet, Jean Delasoie -le marié-, le curé Pannatier, Marie Delasoie, La Matelette Terrettaz, Oscar Berguerand, M. Loredi et Marie Loredi-Delasoie, Joseph Terrettaz, Sophie Terrettaz-Terrettaz, Esther Terrettaz-Berguerand.



Jeunes filles d'Etiez dans les années 1930
 



Classe de Joseph Moulin, instituteur à Vollèges
Pascal Tornay

mardi 12 janvier 2010

Les vollégeards d'autrefois II

Voici des vollégeards, des figures marquantes de la vie locale. Tous n'ont pas été reconnus. A vous de jouer...



François Moulin, époux de Mathilde, 1908-1981

Au centre Joseph Bruchez. Vers la droite : Annette Bruchez et Claire Monnet-Moulin.
Simone Terrettaz et Louis Sauthier dit "Cui-cui"

Sur cette photo, figurent entre autres, en haut à gauche : Albert Monnet et en bas à droite : Tony Tornay

Les reconnaissez-vous ?


Un après-midi à Vernet
Derrière : Angèle Moulin, Madeleine Abbet, Marie-Thérèse Terrettaz-Moulin, Olga Hiroz, Lucia Terrettaz-Meizoz, Rosa Moulin, Odile Moulin.
Devant : Inconnu, Tony Tornay, Denis Moulin et Marc Moulin






A Vernet

Antoine et Thérèse Moulin



 

Pascal Tornay

Fabrique d'horlogerie à Vollèges : quelle histoire !

Antoine et Joséphine Tornay
avec Edith, Alice (née de son premier mariage)
et Antoine junior dit Tony.
Un peu fou Antoine Tornay père ! Né en 1885 à Vollèges, il part à l'âge de 15 ans pour Lucens (VD) à la recherche d'un travail, mais surtout d'un avenir meilleur. Audacieux, il ira encore plus loin, dans le jura neuchâtelois à Coeuve puis à La Chaux-de-Fonds. A cette époque où la vie dans les campagnes n'offre pas de débouchés économiques autres que l'agriculture et l'artisanat, Antoine trouvera dans le domaine de l'horlogerie un créneau qu'il ne lâchera plus. Il fait connaissance avec le métier de pierriste. Ce métier consiste à l'usinage et au perçage de micro-pierres (du rubis aujourd'hui synthétique) qui constituent le moyeu de différents pivots dans le mécanisme des montres. De retour à Vollèges, Antoine Tornay, père de mon grand-père Tony, importe ce savoir-faire à Vollèges en 1910 et fonde une petite entreprise destinée justement au perçage de pierres fines pour l'industrie horlogère jurassienne. Il va s'ensuivre trois-quarts de siècle de hauts et de bas qui sont résumés dans la chronologie ci-après. Jusqu'à fin mai 1982, date à laquelle la fabrique d'horlogerie de Vollèges ferme définitivement ses portes pour laisser le bâtiment comme en retraite loin des odeurs d'huile et des bruits de cliquets. Toute une histoire !

1900 Antoine Tornay de Cries (1885-1944) part à l’âge de 15 ans pour Lucens (VD), puis Coeuve, et enfin La Chaux-de-Fond. En 1906, il gagne Fr. 4.- par jour.

1910 Il construit à Vollèges la première fabrique vouée au perçage de pierres fines.
Vollèges, le 23 juin 1919

Chère nièce,
J’ai bien reçu ta lettre et m’a fait bien plaisir d’apprendre que [tout] s’est bien passé et que vous êtes en bonne santé. Je suis bien content que tu m’[aies] choisis pour son parrain. A cette occasion, je t’envoie ci-joint 5 fr. pour la petite Jeanne en lui souhaitant une longue vie de santé et de chance. Je dois aller à Lausanne avant longtemps. Si j’ai le temps, je passerais vers toi. J’ai toujours des rhumatismes. Je veux aller passer 3 semaines aux bains de Loèche, ça me fera du bien, j’espère. Reçois, chère nièce, mes sincères salutations. Ton oncle Antoine.
1918 Il construit la grande fabrique, l’actuelle maison Pellaud. Il emploie 60 à 70 personnes.

1926 En 1906, il écrit à sa soeur :

Moudon, le 2 octobre 1906.

Chère soeur,
J'ai beaucoup tardé à vous répondre, mais enfin, vous m'aviez dis que vous le paieriez quand même ce rembours de 9 fr. Je ne sais pas ce qu'il pense. J'ai donné plus que j'aurais dû donner puis il réclame encore l'intérêt à part. Il me va très bien ici. Je ne travaille plus aux pièces. J'ai ma paie fixe qui est de 4 fr. par jour seulement. Pour pouvoir faire quelque chose, j'ai signé la tempérance. Sans ça j'ai trop d'amis ici et puis j'ai encore une amie qui m'aime bien et moi aussi. J'espère qu'il ne vous va pas trop mal par là-haut. A une autre fois. Bien le bonjour à Isaline, à Ferdinand ainsi qu'à toi. Votre frère Antoine. Ici ça me plaît, j'y resterais longtemps.
La fabrique - actuellement maison Pellaud
1929 La crise ! Le travail manque.

1933 Faillite de la Banque Pasche. Antoine Tornay perd tous ses biens. Il rachète aux enchères la fabrique et sa maison pour Fr. 17'000.—. Personne d’autre une mise.

1937 Il s’associe au couple Duvoisin de La Chaux-de-Fonds. Les employés de la fabrique en 1938

Tout devant à accroupis : Michel, Hilaire et Tony Tornay ainsi que Luc Terrettaz (dit Maté). Et, entre autres : Agnès Abbet, Marie-Augustine Terrettaz, Jeanne Terrettaz-Bruchez, Edith Pellaud-Tornay, Jeanne Comby, Anne Joris, Cécile Joris, Juliette Murisier, Gaby Farquet, Joris (?), AngèleMoulin (de la Cotze), Noélie Terrettaz-Délitroz, Paccolat (?), Joris (?), Rosa Berguerand, Théotiste Alter, Sylvie Abbet, Alice Moulin, Olga Hiroz, Joris (?), Alice Comby, Yvonne Abbet, Thérèse Joris, Blanche Hiroz, Alphonsine Pellaud. Tout derrière, on reconnaît notamment le couple Duvoisin derrière avec Antoine Tornay. On reconnaît Michel et Tony à genoux, devant.

1938 Divergences de vue, les Duvoisin s’en vont. 

1939 Antoine Tornay tombe malade. La fabrique est reprise par Friedinger qui reprend
Antoine et Joséphine Tornay
avec Hilaire, Edith et Michel vers 1940
le perçage de pierres avec une quarantaine d’ouvrières.

1944 La maladie s’aggrave et Antoine Tornay en meurt. 

1947 Départ de Friedinger. Tout le monde est licencié et la fabrique est à louer. 

1948 Ebauches Bettlach S.A. arrive à Vollèges avec un nouveau type de travail : le montage de balancier. Six dames partent pour Bettlach en mars, puis en août, huit autres s’en vont.

1952 L’entreprise A. Michel S.A. arrive à Vollèges. Les deux fabriques cohabitent pendant une année. Puis, la maison Michel SA reprend le perçage de la pierre fine.

1953 Ébauches B. S.A. construit sa nouvelle fabrique à l’autre bout du village.

1968 A la suite de problèmes de personnel, Ébauches S.A. quitte Vollèges. La maison A. Michel S.A. reprend la totalité des activités horlogères de Vollèges et construit sa cantine du personnel. Environ 50 personnes, dont 12 hommes travaillent à la fabrique.

1979 La montre électronique se développe, l’automatisation remplace progressivement le personnel. A. Michel S.A. se restructure et licencie tout le monde pour le mois de mars. En avril la fabrique avec tout son personnel et sa production est reprise par l’entreprise Technobal S.A. à Aigle.

1982 Fin mai : fermeture définitive de la fabrique d’horlogerie de Vollèges.

Tony en uniforme devant la fabrique à l'école de recrue vers 1945.

Daniel Tornay, mécanicien avec Louis Farquet (1929-2009)

Colette Tornay-Moulin,
comme de nombreuses autres employées,
a travaillé pour Ebauches S.A. à domicile.
Ici à la fin des années 60.


Pascal Tornay

samedi 9 janvier 2010

Guerres de religion, cela existe-t-il encore ?


A en croire la série d'émissions de M. Jean-Christophe VICTOR "Le dessous des cartes" diffusées sur ARTE au début des années 2000 et intitulée "Géopolitique et religions", il n'y aurait plus de conflits religieux dans le monde actuel. Pas de doute pourtant, les conflits religieux ont existé. Pour autant, il existe aujourd'hui un certain flou au sujet du mobile précis des conflits dits religieux. Voyons cela de plus près.

Voir le site "géopolitique" du "Monde diplomatique" qui se veut justement bien documenté avec des cartes synoptiques de premier plan.

"Est-ce mal, dites-moi, de proclamer bien haut, Qu’on n’juge pas les gens sur le teint de leur peau ? De souhaiter que noirs et blancs prient dans les même lieux, Quand chacun dans son cœur adore le même Dieu ?"
Gandhi, Luther King ou Jésus Christ, les Poppys, 1976

Prenons un exemple européen. Le conflit qui oppose soi-disant les protestants et les catholiques en Irlande du Nord est-il à proprement parler un conflit d'application d'une doctrine religieuse sur le plan social. Il faut bien avouer que non. Il s'agit bien plutôt d'un conflit identitaire et non pas principalement religieux, même si l'appartenance religieuse est mêlée. Le conflit touche ici bien plus le conflit identitaire et culturel d'un groupe minoritaire en lutte pour que la majorité respecte son droit d'existence.

Cela vaut aussi pour d'autres conflits entre hindouistes et musulmans au Pakistan, entre musulmans et chrétiens en Tchétchénie. Bref, si l'on en reste aux mobiles superficiels du conflit, on ne saisi pas vraiment les enjeux de l'affrontement. En-dessous, se situe presque toujours un conflit d'intérêt, un éclatement identitaire ou une déchirure sociale ou politique.

La religion au sens stricte du terme pose problème par exemple dans le nord-ouest du Nigéria où s'affronte les dirigeants musulmans (majoritaires dans cette région) qui souhaitent que soit intégralement appliquée la loi islamique (la charia) alors que une minorité chrétienne y partage l'existence. Ici, on peut parler un peu plus clairement d'un conflit dont la source est la pratique religieuse, et encore. L'islam touche à la fois à la religion et à la politique. Les deux sphères ne sont pas séparées comme elles le sont dans la plupart des régions chrétiennes du globe. C'est ainsi qu'avec l'islam, les conflits proprement religieux peuvent émerger, puisque cette religion a la prétention de souhaiter mettre en application ses principes dans la sphère politique. L'inculturation est donc le gros point faible de l'islam prosélyte.

Et ailleurs... L'Arabie saoudite soutiendrait-elle les foyers palestiniens ou tchétchènes si elle ne possédait pas des réserves de pétrole ? Les siks du Sri-Lanka seraient-il aussi virulents s'ils n'avait pas leur pouvoir à défendre sur le plan de la répartition des richesses intérieures ? On peut en douter. Je pourrais faire l'hypothèse que là où la religion a un certain pouvoir politique ou social ou encore des intérêts matériels à défendre, elle se fait belliqueuse. Les sociétés marquées par le christianisme ont beaucoup avancé sur ce terrain en séparant assez clairement selon les régions politique et religion. De ce fait, les conflits ayant trait directement à la pratique et à la doctrine se sont anéanti. La religion loin de ne plus jouer aucun rôle social, s'en tient à la société civile qu'elle forme et informe. Elle est alors créatrice, novatrice, dynamique et reliante (selon l'étymologie du mot "religion"). De conflits religieux, portant donc proporement sur des points de doctrine, y en a-t-il encore ?

Pascal Tornay

Vollèges à travers le XXè siècle !

A travers les photos, laissons notre regard flaner sur les espaces qui étaient hier et ne sont plus aujourd'hui... Nostalgie? Que non, le temps est pour l'homme et pas l'homme pour le temps !

Vue depuis le chemin de la "Platrayre" vers 1920
Médiathèque Valais, Sion



L'ouest de Vollèges vu depuis le Mont Brun en 1962
© Daniel Tornay



Le coeur de Vollèges en 1962
© Daniel Tornay



Vollèges au milieu des années 80
© Daniel Tornay



Le fameux cône de déjection du Merdenson,
où sont posés les villages de Cries, Vollèges et Etiez.
Milieu des années 2000
© Daniel Tornay