Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

jeudi 3 février 2011

La dépendance, source paradoxale de liberté !

La maladie rend fragile et met à nu un être humain. Elle confronte les proches au profond mystère de l’existence et la fragilité de la vie humaine. La maladie psychique rend le comportement de l’autre surprenant et mystérieux. Elle décontenance les interlocuteurs et les place eux aussi face à face avec leur propres fêlures. D’où ces relations brouillées et compliquées. Chacun est acculé à une quête d’une solidité plus grande, plus profonde et c’est là que la dimension spirituelle intervient avec force, car elle est source de sens et d’espérance.

Celles et ceux qui ont été un jour placé devant le choix de « devoir » placer ses parents dans une maison de soin ont déjà pressenti l’importance de fonder ses choix sur des critères plus solides, plus objectifs pour que ce ne soit pas seulement ma décision : mais ces critères, quels sont-ils ? Comment discerner ? Comment faire le bien de l’autre ? Malgré lui ? Sans oublier le mien ?
Regard renouvelé - L'être humain a cette impressionnante capacité de trouver sa force dans ses fragilités et ses dépendances dépassées en vérité au coeur de soi. Alors la nudité de l'autre n'est plus source d'effroi, mais de compassion et de fraternité.


Chacun peut imaginer l’importance d’avoir du recul par rapport à telle situation, à l’autre et à soi-même. La relation à Dieu et l’écoute silencieuse dans la prière ou le recueillement peut aider à prendre cette heureuse distance. Si je peux mettre à jour mes propres peurs, alors je peux m’approcher de l’autre avec une liberté et une lucidité plus grande. Je mentionne aussi le recul par rapport aux rigidités de penser et de comportement des autres proches de la fratrie par exemple. Ce qui me choque ou m’indispose dans leur rigidité ou leur manière « bizarre » d’être en relation pourrait bien être justement le révélateur de mes propres projections (peur de mourir, peur de la dépendance, peur d’être soi-même « un poids », etc.). En quoi le regard ou l’attitude « choquante » d’un membre de la famille peut-il être source de nouveauté dans ma relation avec mon parent. Ce qui choque ou étonne peut être la source d’une mise à jour de l’authenticité de ma propre relation. Ici l’enjeu est d’accepter de se décentrer assez pour que se révèle le potentiel positif d’un angle de vue que j’estime choquant ou inacceptable par rapport à telle ou telle situation. Cela appelle ma propre conversion, car le premier objectif est de se retrouver soi-même… Sans cela, on ne sera en relation avec personne…
Mon âme se bloque. Je me demande « qu’est-ce qui me meut ? » ; « pourquoi j’agis ainsi » ou « qu’est-ce qu’induit la vieillesse ou la dépendance dans mon comportement personnel. Le comble, c’est d’accepter que mes blocages peuvent être paradoxalement la source d’une relation plus belle et plus libre avec l’autre. Remarquons que l’on n’est jamais dans une relation unilatérale : la personne dite dépendante réveille généralement très puissamment chez soi des peurs insoupçonnées ! Y aurait-il un lieu de crispation en moi ? Puis-je lâcher ça ? Les peurs brouillent les relations et sèment la division. Alors je contourne et « j’en fait trop ». Fuite. Je mentionne aussi les conflits de rôles souvent induits par un manque de clarté dans la distribution des tâches, du tournus de garde ou de soin, p. ex. On parle du bienfait de pouvoir compter sur une présence d’une tierce personne en cas de conflit. Personne ne peut être à la fois juge et partie.

Du point de vue spirituel, la relation à Dieu, l’écoute permet de stabiliser lentement cette houle intérieure. Cela prend un peu de temps pour que toute la poussière se pose. C’est une source de liberté, de recul car c’est soi que l’on met d’abord à jour. Cette vérité par rapport à soi est libératrice, structurante et permet un renouvellement de mon rapport au monde et à l’autre. Cet autre si fragile, si dépendant, nu devant moi et qui m’interpelle si fort…

Pascal Tornay

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