Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

dimanche 15 mai 2011

Du bon usage de la lenteur…

Un monde pressé est un univers sous pression. Pression des boutons et des bouchons, pression près de Sion et Pressons, pressons ! Pression de démons et ascension des dépressions, pressions bidons d’une presse qui s’empresse de nous compresser dans son étau. Métaux précieux pressant : infos dépecées et désinfos en compresse. Dans son empressement, le monde entier nous presse paradoxalement de décompresser à langueur de week-end. Parons-donc aux dépressions du temps présent! Faisons-donc prestement usage de la lenteur ! Mais comment ? Voici 10 pistes pour déjouer les méfaits de la surpression. Elles devraient pousser chacun dans ses retranchements et presser les pressés dans une envie pressante de cesser de se presser. On apprécie…


- Flâner
Prendre son temps, laisser nos pas nous guider au gré des nuages, laisser un paysage, des visages s’introduire en nous et les laisser agir sans forcer…

- Ecouter
Se mettre à la disposition gratuite d’une autre parole à laquelle nous accorderions crédit. Laisser les sons chatouiller nos tympans, portails de l’âme.

- Vivre un ennui de qualité
Non pas l’amour de rien, ni la fainéante passivité, mais l’acceptation et le goût du simple et du banal, jusqu’à l’insignifiance.

- Rêver
Installer en nous un calme crépusculaire, une nostalgie sensible, mais alerte. Le rêve est une évasion au fond de soi.

- Attendre
Pour élargir le spectre de la vie le plus largement possible. Rien n’est plus déroutant que l’attente. C’est là que la vie nous attend. Paradoxe !

- Découvrir le pays de l’intériorité
La part malaimée et délaissée des femmes et des hommes. Au premier abord, une vieille brocante, souvent poussiéreuse. Un peu de temps pour mettre la main sur des merveilles insoupçonnées.

- Accompagner une personne handicapée
Retrouvailles avec les petits gestes qui font la grandeur du quotidien. Retours dans les méandres sinueux des petites victoires et des grandes joies partagées. Royaume de l’immense au pays de l’infime.

- Ecrire
Il faut bien un peu plus de vérité chaque jour. Laisser le cœur s’épancher sur une page. Et si elle reste vierge, tant pis. Ne rien avoir pu dire, est déjà un bel aveu !

- Découvrir la sagesse du vin
Le vin, école de sagesse. Recherche d’équilibre. Trop, pas assez. Il faut le laisser monter lentement jusqu’à ce qu’il délie l’âme de ses chaînes.

- Marcher et fredonner

En route, laisser une chanson nous parler au cœur.

Simone Weil, philosophe (1909-1943), Charles Juliet, poète (1934) et Pierre Sansot, écrivain (1928-2005), nous emmène en balade dans l’univers du banal. Oui, celui-là même qui chaque jour nous porte à demain ! Misère de l’Homme qui l’ignore (1):

« Il est donné à très peu d'esprits de découvrir que les choses et les êtres existent. La découverte d'une existence autre que la nôtre produit un saisissement dont il est malaisé de se remettre. » Elle nous commotionne ou nous foudroie ou nous paralyse ou nous jette dans le vertige de l’insensé, de l’impensable, peu importe la tonalité de l’expérience, elle suscite le cours de l’existence et nous en oublions d’aller, d’un pas assuré, à l’une de nos tâches. Par bonheur, nous nous promenons, à distance raisonnable, à la surface de ces signes, courbures, formes qui désignent un enfant, une jeune pousse, un champ de ruines, un visage en détresse. A la suite de ce travail de déchiffrage, nous nous conduisons d’une manière convenable, évitant ce qu’il vaut mieux contourner, nous rapprochant de ce qui mérite d’être examiné avec plus de soin. (…) Charles Juliet évoque la misère extrême d’un homme ignorant de ce que nous devons aux choses et aux êtres. « Tu ne vas pas quand même passer ta vie dans l’adoration d’un brin d’herbe, me disait celui qui passait sa vie dans l’adoration d’un monde où rien ne pousse, pas même un brin d’herbe… »

(1) Pierre Sansot, « Du bon usage de la lenteur », Ed. Payot & Rivages, coll. Manuels Payot, Paris, 1998, pp. 96-97.

Pascal Tornay

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