Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

vendredi 26 avril 2013

Confucius ou l'homme de qualité



On peut avoir des idées bien arrêtées. Il n’en reste pas moins que la vie du monde, elle, poursuit sa route et que la réalité si mouvante nous échappe en large partie. L’homme de qualité est celui qui sait s’arrêter lui-même pour mettre sa pensée dans une subtile et continue écoute de son environnement. Ses idées s’arrêteront bien assez vite… Je parie que les hommes aux idées les mieux arrêtées, sont ceux qui, justement, ont le moins pris le temps de s’arrêter. Quel courage – ou quelle sagesse – il faut pour s’arrêter ! La distance de d'arrêt d'un être humain du 21ème siècle est certainement aussi courte que la longueur qu'il faut à un aéroplane lourdement chargé de décoller...


Quelques magnifiques maximes tirées de la pensée de Confucius (551-479 av. J.-C), le sage chinois, le plus connu (de nom) de la civilisation chinoise, donc le plus méconnu (de contenu)... Dans ses entretiens avec ses disciples, il est d'une redoutable autorité, non pas celle qui s'appuie sur elle-même, mais celle, exceptionnelle, qui s'appuie sur l'écoute des sages, comme de ceux qui ne mériteraient pas qu'on les écoute. Confucius oppose l' "homme de qualité" à l' "homme de peu" comme le traduit André Lévy. De là, jaillit une étrange pensée, l'homme de peu est source de sagesse pour l'homme de qualité en devenir... Magnifique école d'humilité et d'humanité, si chère à Confucius.

"L'homme de qualité mange sans chercher à être repu ; il ne vit pas en quête de confort; diligent en paroles, il se rapproche de ceux qui sont dans la bonne voie pour rectifier la sienne. De lui, on peut dire qu'il aime les études." I.4

"Qui comprend le nouveau en réchauffant l'ancien peut devenir un maître." II.11

"L'homme de qualité est celui qui commence par pratiquer ce qu'il prône et ensuite s'y tient." II.13

"Etudier sans penser est vain", dit le maître, "mais penser sans étudier est dangereux." II.15

"Ecoute beaucoup, ignore ce qui est douteux et parle avec prudence du reste: tu seras sûrement en faute. Observe beaucoup, évite ce qui est suspect et quant au reste agis avec circonspection : tu auras rarement l'occasion de te repentir. Pas plus de méprises dans tes propos que de regrets dans tes actes : ta carrière est dans le sac." II.18



« Un homme sans foi, je me demande à quoi il peut être bon : comment ferait-on rouler une charette sans rien pour fixer le joug aux limons ou une carriole sans la fixation du timon ? » dit le maître. II.22

« A quoi bon les rites, si l’homme est sans humanité ; à quoi bon la musique, si l’homme est sans humanité ? » disait le maître. III.3

« Je n’ai encore rencontré personne qui aime le sens de l’humanité autant qu’il en déteste le manque. Qui tient à la bonté, ne met rien au-dessus. Qui a l’inhumanité en horreur, ne la laisse pas le contaminer lorsqu’il pratique le bien. Y a-t-il quelqu’un qui ait consacré ses forces tout un jour à la seule bonté ? Je n’en ai jamais rencontré dont ce serait la force qui li manque. S’il en est, je ne l’ai jamais vu », dit le maître. IV.6

« L’homme de qualité ramène tout à une question de justice, l’homme de peu à des question d’intérêts », dit le maître. IV.16

Le maître dit : «  Les anciens retenaient leurs paroles dans la crainte de la honte de ne les pouvoir tenir. » IV.22

« Il est rare de pécher par trop de rigueur », dit le maître. IV.23

Le maître dit : « L’homme de qualité est lent dans son élocution, mais vif en action. » IV.24

A quelqu’un qui disait : « Yong est bien brave, mais il n’a pas l’élocution facile », le maître répliqua : « A quoi bon la facilité de paroles ? Se défendre par le don de l’éloquence provoque le plus souvent l’animosité. Je ne sais s’il est un brave homme, mais à quoi servent les beaux discours ? » V.5

Comme Zai Yu dormait en plein jour, le maître s’exclama : «  Bois pourri ne peut être sculpté, pas plus que mur de fumier ne se laisse chauler. Avec Zai Yu, à quoi bon sévir ? » Le maître ajouta : « Je croyais les gens sur parole ; maintenant j’écoute et observe leurs agissements : c’est Zai Yu qui m’a fait changer d’attitude. » V.10

« A ce que je sache, l’homme de qualité se porte au secours des nécessiteux sans se mêler de soutenir les grandes fortunes. » VI.4

Le maître dit : «  La nature l’emporte sur la culture ? Nous avons un sauvage. Les raffinements étouffent la substance : nous tombons dans la pédanterie. L’élégant équilibre du naturel et du culturel est le propre de l’homme de qualité. » VI.18

« Savoir ne vaut aimer ; aimer ne vaut y trouver joie », dit le maître. VI.20

Comme Fan Chi lui demandait en quoi consistait la sagacité, le maître lui répondit : « s’appliquer à traiter le peuple avec équité, tenir les démons et génies à distance tout en les respectant, c’est cela que l’on peut appeler « savoir. » Comme il lui demandait ce qu’impliquait le sens d’humanité, le maître dit : « La bonté ? C’est n’engranger la moisson qu’après s’être donne beaucoup de mal. C’est cela que l’on appelle bonté. » VI.22

« Y a-t-il vertu plus haut que le juste milieu ? Il y a longtemps que se sont raréfiés les gens qui l’observent. » VI.29

« Un homme de bien ? Je n’ai pas eu la chance d’en rencontrer : il me suffirait d’avoir connu quelqu’un de constant. Alors que l’on fait passer ce qui n’est pas pour qui est, le vide pour le pleine et la misère pour la prospérité, comme il est difficile de garder constance ! », ajouta le maître. VII.26

« S’il s’agit de la sainteté et du sens suprême d’humanité, comment oserais-je y prétendre ! s’exclama le maître. « Tout au plus peut-on dire que j’y travaille sans relâche, que je l’enseigne sans me lasser. » VII.34

« La prodigalité pousse à l’arrogance, la frugalité à la parcimonie : mieux vaut être parcimonieux qu’arrogant », dit le maître. VII.36

« L’homme de qualité est calme et serein, l’homme de peu est dans une constante agitation », dit le maître. VII.37

« Sans courtoisie le respect devient pénible, la prudence devient pusillanimité, la bravoure désordre et la franchise blessante. » VIII.2

Comme maître Zeng était tombé malade, sieur Meng Jing vint prendre de ses nouvelles. Maître Zeng luis dit ces paroles : « Le chant de l’oiseau qui va mourir est pathétique. Les paroles de l’homme sur le point de mourir sont authentiques. Il est trois choses qui ont du prix aux yeux de l’homme de qualité : bannir toute morgue de ses attitudes ; garder une expression du visage qui inspire la confiance ; observer dans son langage un ton qui exclut vulgarité et mensonge. » VIII.4

« La poésie élève, la courtoisie pose, mais de la musique vient l’accomplissement », dit le maître. VIII.8

Fût-il paré de tous les beaux talents d’un duc de Zhou, s’il reste arrogant et mesquin, toutes ses autres qualités ne mériteraient pas d’être prises considération », dit le maître. VIII.11

« Dans un pays où régnerait la Voie, il serait honteux d’être pauvre et méprisé. Dans le cas contraire, ce sont les honneurs et les richesses qui couvrent de honte. » VIII.13

« Etudier, c’est vivre dans la hantise de ne pas y arriver tout en craignant de perdre ce que l’on a pu apprendre », dit le maître. VIII.17

Le maître avait quatre choses en exécration : « je pense », « il faut », « je suis sûr », « moi.. » IX.4

Le maître dit : « Qui saurait tenir sans embarras parmi les fourrures de martre et de renard, vêtu de robes élimées et rapiécées si ce n’est mon cher You ? Sans envie, ni convoitise, je demeure irréprochable. » IX.27

« Qui n’est plus assailli de doutes ; qui possède le sens suprême de l’humain ne se tourmente plus ; le brave ne connaît plus la peur », dit le maître. IX.29

in Confucius, Entretien avec ses disciples, GF-Flammarion, Paris, 1994


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