Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

jeudi 20 mars 2014

La récolte de carottes de Tante Imelda...

Cap dit de Bonne-Espérance, Afrique du Sud
Tant de nos espoirs ne sont-ils pas d’une exquise superficialité ? Ecoutons-nous parler : « J’espère qu’il fera beau demain ; que je pourrai repartir en vacances à Majorque en juillet ;  que la récolte de carottes de tante Imelda sera meilleure que celle de l’an passé (pas difficile, elle n’a rien eu !) ; que Grand Papa ne se cassera pas la pipe dans les escaliers en revenant de chez son dentiste ; que Jérôme réussira enfin son examen de conduite ; que les jeunes cesseront d’uriner sur les rosiers du jardin les soirs de bal ou encore que la taxe-poubelle communale diminuera au prochain semestre... »

Ne sont-ce pas là de vulgaires espoirs ? Vulgaires, au sens de banals, car pas vraiment pris au mot et exprimés à la sauvette : vagues désirs, espoirs sous-investis, sous-enracinés,  faux-espoirs même, espoirs errants, sans filiation, il y en a tant d’espèces… Tant d’espoirs un peu volages peut-être, mais je salue le premier pas encourageant qui consisterait à les prendre au sérieux ! En effet, un véritable espoir peut-il croître à l’aune d’un « Ah, tu verras, tu verras.. » (de Claude Nougaro) ? Ne devrait-on pas, pour qu’il donne le meilleur de lui-même, le prendre à bras le corps et travailler à le planter en nous ?

Si l’on croyait véritablement à la portée de nos espoirs enfouis, si nous laissions les fragiles murmures de nos élans quotidiens avoir prise, je crois que nous serions capables de faire advenir dans notre vie une réalité nouvelle. Ah, la foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, dit Jésus…(Mt 17, 20)

Clamons-le, c’est déjà une immense merveille qu’un homme sur la terre croie que demain sera meilleur ! C’est certes un cri fragile, mais fondamental et capital. Je le crois. Pourtant, sur la durée, personne ne voudrait investir – car il s’agit bien d’un capital que l’on peut aussi bien perdre – son espérance sans qu’il ne repose sur aucun fondement ?

L’espoir doit pouvoir s’enraciner quelque part pour croître, sinon il est vain et finalement destructeur. Il s’enracine, je crois, dans la foi – au sens le plus large du terme dans une espèce de confiance en la suprématie du vrai, du bon, du beau et du bien. Une espèce d’assurance qui prend elle-même sa source à cet endroit de l’Homme que l’on appelle « cœur ». A cet endroit même, où habite notre dignité, notre unité, notre indestructibilité, notre immortalité,… notre divinité !

C’est cela qui m’émerveille et c’est cela que je contemple avec vous aujourd’hui ! Le mystère de l’Homme qui croit malgré tout ! Une foi malhabile qui passe par l’espoir, que les chrétiens vont pousser à un degré inouï – grâce à Dieu – en forgeant un terme plus fort encore : l’espérance ! A tous, il est donc permis d’espérer en raison de ce « cœur habité », ce centre qui, malgré les souillures, les blessures, les éclatements et même la mort, nous conduit vers la Lumière. Quel incroyable GPS ! Comme l’aiguille de la boussole, notre « cœur » ne quitte jamais le Nord. Nous pourrons être dans les pires situations de désespoirs, être totalement perdu dans les ténèbres, notre « cœur » sera cette part si centrale de nous-mêmes, si divine, qu’elle retrouvera toujours les traces de la Lumière. Rien ne peut nous séparer de nous-mêmes et donc de l’amour du Christ, dit saint Paul (Rm 8, 38-39). Professer cela de ses lèvres et le croire dans son cœur, c’est être sauvé dit-il encore (Rm 10, 9).

Certes, nous les chrétiens nous espérons. Mais nous n’espérons pas à notre hauteur ! Qu’aurions-nous de spécial, alors ? Non, nous espérons dans – dedans – le Christ, comme dans l’histoire si juste de ces bébés à naître. Ils parlent de leur maman – enceinte – à l’intérieur d’elle-même, se disant : « Tu crois qu’il y a une vie après l’accouchement ? Tu crois que maman existe, toi ? Tu crois qu’elle va nous aimer ? »

Stèle de Minerve, symbole d'espérance
damecarcas.blogzoom.fr
Pour ma part, mes faux-espoirs, mes désirs « bling-bling » ont été mis à rude épreuve dans ma courte vie et se sont transformés en espérances fondées et réelles dans lesquelles je ne cesse d’essayer d’investir au maximum. De grandes épreuves ont purifié l’espérance des chrétiens d’hier et d’aujourd’hui pour le fonder sur le seul Christ ressuscité, dont l’expérience de la présence est inscrite dans la chair de celles et ceux qui ont souffert et souffrent encore, témoignant ainsi des espérances les plus folles et donc, dans le Christ, les plus réalistes ! Je témoigne qu’il est victorieux avec moi, dans ma vie. Alors que tout semblait être au plus mal, c’est là qu’il m’a appelé à sortir de la mort – et il y en a tant de sortes… Il l’a fait pour chacun d’entre nous ! Sur la croix, Il a tout pris sur lui. Il a passé la mort assumant tous les désespoirs des hommes. Et, traversant les ravins de la mort dans l’amour, le Père l’a ressuscité d’entre les morts pour que quiconque puisse fonder réellement sur Lui tous ses espoirs, tous ses désirs.

Le Christ est victorieux de toute mort ! Et, pour tous ceux qui mettent leur confiance en Lui, Il devient la pierre d’angle sur laquelle tous les espoirs humains peuvent reposer. Dieu a tant aimé l’Homme qu’il a voulu partager en tout sa condition excepté le péché (Ph 2) et croyez-le, rien de ce qui touche un cœur d’Homme ne lui est indifférent. Rien, pas même la récolte de carottes tant attendue de tante Imelda…

Pascal Tornay

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