Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

lundi 3 juin 2013

L'image de Dieu

Dieu ne peut pas être réduit à nos pensées sur Lui ! De même qu'aucun être humain ne peut être réduit à ce qu'un autre pense de lui. Dieu, comme l'alter ego, est un au-delà de la pensée, un au-delà du jugement. Tout simplement parce qu'il est un univers infini, complet et unique à lui seul, il m'échappera toujours. Complet et unique, certes, mais incapable de croître vers la plénitude tous seul. Il lui faut l'altérité pour atteindre l'éveil. Eveil à de multiples dimensions qui façonneront son visage. C'est ainsi que l'homme est appelé à entrer en relation avec l'autre, avec lui-même, avec Dieu, présent et si discret, au fond de lui-même. Encore lui faudra-t-il descendre, très bas, là où le temps s'affaisse, où l'espace se tord, là où la vie trouve une Source jaillissante. La foi est certes un don, mais pas un don au sens où seule une élite initiée pourrait l'obtenir. Surtout pas. La foi n'est pas une attitude irrationnelle, où alors elle est maladie mentale. La foi s'adresse aussi à la raison. Mieux vaut comprendre que croire, si cela est possible, a pu dire St Augustin d'Hippone.

Les hommes se sont créés des dieux. Ils continuent encore. Des dieux à leur hauteur de vue. Ces dieux-là ne sont pas les miens. Ils n'entendent ni ne parlent, n'aiment, ni ne détestent, ne consolent, ni n'accompagnent. Ils sont exigeants en vain et domptent l'homme à partir de leurs passions pour en faire des pantins. J'ai découvert un Dieu qui a une foi infinie en l'Homme qu'il a été d'accord par amour pour lui de l'accompagner sur les chemins qu'ils choisiraient et qui n'a usé que de sa foi et de son amour pour lui pour lui dire qu'il l'attendais plus loin, plus haut. Découvrir le Dieu vivant, c'est accepter de se dessaisir de soi-même, comme je dois me dessaisir pour oser le plus loin que moi-même. Alors dans les entrelacs d'un instant fugace, j'entendis, tout au fond de moi, Quelqu'un me dire : "Je t'attendais!"

"Dieu est vu
par l'homme
au niveau où
l'homme se situe."

*

"Dieu ne peut se révéler
à l'homme
que dans la mesure
où l'homme se transforme."

*

"Dès que Dieu n'est plus perçu
comme une expérience libératrice,
il devient un faux dieu."

*

"Si Dieu était,
- comme le pensait Nietzsche
dans sa révolte - une puissance
dont nous dépendons radicalement
et qui nous impose sa volonté
sans être engagé
d'aucune manière envers nous,

si Dieu était un être solitaire
qui se repaissait éternellement
de Lui-même,

si Dieu n'avait que soi
et rapportait tout à soi,

on ne comprendrais pas pourquoi,
n'ayant pas de différence qualitative
avec nous puis que fixé comme nous
dans un moi qui se repaîte de lui-même,

on ne comprendrait pas pourquoi
il serait Dieu plutôt que nous-mêmes !"


Maurice Zundel
in "Dieu, le grand malentendu", Editions St-Paul, Versailles, 1997


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