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Photo de Guy Leroy

mardi 12 janvier 2010

Fabrique d'horlogerie à Vollèges : quelle histoire !

Antoine et Joséphine Tornay
avec Edith, Alice (née de son premier mariage)
et Antoine junior dit Tony.
Un peu fou Antoine Tornay père ! Né en 1885 à Vollèges, il part à l'âge de 15 ans pour Lucens (VD) à la recherche d'un travail, mais surtout d'un avenir meilleur. Audacieux, il ira encore plus loin, dans le jura neuchâtelois à Coeuve puis à La Chaux-de-Fonds. A cette époque où la vie dans les campagnes n'offre pas de débouchés économiques autres que l'agriculture et l'artisanat, Antoine trouvera dans le domaine de l'horlogerie un créneau qu'il ne lâchera plus. Il fait connaissance avec le métier de pierriste. Ce métier consiste à l'usinage et au perçage de micro-pierres (du rubis aujourd'hui synthétique) qui constituent le moyeu de différents pivots dans le mécanisme des montres. De retour à Vollèges, Antoine Tornay, père de mon grand-père Tony, importe ce savoir-faire à Vollèges en 1910 et fonde une petite entreprise destinée justement au perçage de pierres fines pour l'industrie horlogère jurassienne. Il va s'ensuivre trois-quarts de siècle de hauts et de bas qui sont résumés dans la chronologie ci-après. Jusqu'à fin mai 1982, date à laquelle la fabrique d'horlogerie de Vollèges ferme définitivement ses portes pour laisser le bâtiment comme en retraite loin des odeurs d'huile et des bruits de cliquets. Toute une histoire !

1900 Antoine Tornay de Cries (1885-1944) part à l’âge de 15 ans pour Lucens (VD), puis Coeuve, et enfin La Chaux-de-Fond. En 1906, il gagne Fr. 4.- par jour.

1910 Il construit à Vollèges la première fabrique vouée au perçage de pierres fines.
Vollèges, le 23 juin 1919

Chère nièce,
J’ai bien reçu ta lettre et m’a fait bien plaisir d’apprendre que [tout] s’est bien passé et que vous êtes en bonne santé. Je suis bien content que tu m’[aies] choisis pour son parrain. A cette occasion, je t’envoie ci-joint 5 fr. pour la petite Jeanne en lui souhaitant une longue vie de santé et de chance. Je dois aller à Lausanne avant longtemps. Si j’ai le temps, je passerais vers toi. J’ai toujours des rhumatismes. Je veux aller passer 3 semaines aux bains de Loèche, ça me fera du bien, j’espère. Reçois, chère nièce, mes sincères salutations. Ton oncle Antoine.
1918 Il construit la grande fabrique, l’actuelle maison Pellaud. Il emploie 60 à 70 personnes.

1926 En 1906, il écrit à sa soeur :

Moudon, le 2 octobre 1906.

Chère soeur,
J'ai beaucoup tardé à vous répondre, mais enfin, vous m'aviez dis que vous le paieriez quand même ce rembours de 9 fr. Je ne sais pas ce qu'il pense. J'ai donné plus que j'aurais dû donner puis il réclame encore l'intérêt à part. Il me va très bien ici. Je ne travaille plus aux pièces. J'ai ma paie fixe qui est de 4 fr. par jour seulement. Pour pouvoir faire quelque chose, j'ai signé la tempérance. Sans ça j'ai trop d'amis ici et puis j'ai encore une amie qui m'aime bien et moi aussi. J'espère qu'il ne vous va pas trop mal par là-haut. A une autre fois. Bien le bonjour à Isaline, à Ferdinand ainsi qu'à toi. Votre frère Antoine. Ici ça me plaît, j'y resterais longtemps.
La fabrique - actuellement maison Pellaud
1929 La crise ! Le travail manque.

1933 Faillite de la Banque Pasche. Antoine Tornay perd tous ses biens. Il rachète aux enchères la fabrique et sa maison pour Fr. 17'000.—. Personne d’autre une mise.

1937 Il s’associe au couple Duvoisin de La Chaux-de-Fonds. Les employés de la fabrique en 1938

Tout devant à accroupis : Michel, Hilaire et Tony Tornay ainsi que Luc Terrettaz (dit Maté). Et, entre autres : Agnès Abbet, Marie-Augustine Terrettaz, Jeanne Terrettaz-Bruchez, Edith Pellaud-Tornay, Jeanne Comby, Anne Joris, Cécile Joris, Juliette Murisier, Gaby Farquet, Joris (?), AngèleMoulin (de la Cotze), Noélie Terrettaz-Délitroz, Paccolat (?), Joris (?), Rosa Berguerand, Théotiste Alter, Sylvie Abbet, Alice Moulin, Olga Hiroz, Joris (?), Alice Comby, Yvonne Abbet, Thérèse Joris, Blanche Hiroz, Alphonsine Pellaud. Tout derrière, on reconnaît notamment le couple Duvoisin derrière avec Antoine Tornay. On reconnaît Michel et Tony à genoux, devant.

1938 Divergences de vue, les Duvoisin s’en vont. 

1939 Antoine Tornay tombe malade. La fabrique est reprise par Friedinger qui reprend
Antoine et Joséphine Tornay
avec Hilaire, Edith et Michel vers 1940
le perçage de pierres avec une quarantaine d’ouvrières.

1944 La maladie s’aggrave et Antoine Tornay en meurt. 

1947 Départ de Friedinger. Tout le monde est licencié et la fabrique est à louer. 

1948 Ebauches Bettlach S.A. arrive à Vollèges avec un nouveau type de travail : le montage de balancier. Six dames partent pour Bettlach en mars, puis en août, huit autres s’en vont.

1952 L’entreprise A. Michel S.A. arrive à Vollèges. Les deux fabriques cohabitent pendant une année. Puis, la maison Michel SA reprend le perçage de la pierre fine.

1953 Ébauches B. S.A. construit sa nouvelle fabrique à l’autre bout du village.

1968 A la suite de problèmes de personnel, Ébauches S.A. quitte Vollèges. La maison A. Michel S.A. reprend la totalité des activités horlogères de Vollèges et construit sa cantine du personnel. Environ 50 personnes, dont 12 hommes travaillent à la fabrique.

1979 La montre électronique se développe, l’automatisation remplace progressivement le personnel. A. Michel S.A. se restructure et licencie tout le monde pour le mois de mars. En avril la fabrique avec tout son personnel et sa production est reprise par l’entreprise Technobal S.A. à Aigle.

1982 Fin mai : fermeture définitive de la fabrique d’horlogerie de Vollèges.

Tony en uniforme devant la fabrique à l'école de recrue vers 1945.

Daniel Tornay, mécanicien avec Louis Farquet (1929-2009)

Colette Tornay-Moulin,
comme de nombreuses autres employées,
a travaillé pour Ebauches S.A. à domicile.
Ici à la fin des années 60.


Pascal Tornay

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