Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

lundi 29 octobre 2012

La géobiologie vibratoire : science ou illusion fumeuse ?

Nouveau paravent : il faut actuellement qu’une pensée ou une doctrine soit considérée comme scientifique pour avoir le crédit de l’opinion publique sinon elle a de grandes chances d’être jetée aux oubliettes avec le plus méprisant dédain par nos contemporains. Certains ne s’y sont pas trompés ! La pensée et les pratiques esotériques – comme tant d’autres pensées vaporeuses – se sont adroitement glissées dans la modernité sous un aspect scientifique. Ne nous y trompons pas nous non plus ! Affublé du suffixe « -logie » comme pour pouvoir s’asseoir sur un trône qu’elles usurpent en raison de gigantesques lacunes tant théoriques qu’empiriques, ces pseudos-sciences ne sont qu’un amas syncrétique de doctrines et de croyances agencées à la sauce académique. (1) 
Méthodes d’investigation inexistante ou jamais honnêtement mises au jour ; fondements théoriques mêlant croyances ancestrales et réalités reconnues ; moyens de vérifications plus que flous ; principe de réfutabilité battu en brèche : bref, tout y est pour mettre en doute l’honnêté et la transparence de ceux qui, sans l’humilité de rigueur de tout chercheur de vérité, se sont revêtus par eux-mêmes, ô impudence, du royal
manteau de la science.

L'échelle vibratoire de "Bovis",
quantification scientifique
ou fumisterie ?
Cf. www.envol-spiritualite.com

« La géobiologie est constituée de nombreuses affirmations non prouvées selon les critères scientifiques et, pour cette raison, elle est qualifiée de pseudo-science. (2)  Plus précisément, pour ses critiques, la géobiologie invente des concepts non validables sur la relation entre un lieu et la façon dont la vie humaine, animale ou végétale se développe. Aucune expérience faite selon les critères scientifiques, qui limitent les biais comme le double aveugle, n'a montré l'existence de perturbations géobiologiques. La notion de courant tellurique utilisée par la géobiologie n'a rien à voir avec celle qu'a élaboré la géophysique. (…) » (3)

Le problème est principal se situe donc à la racine. La géobiologie ne passe pas les tamis fondamentaux de la tradition scientifique moderne. Elle se situe dans un angle mort et n’a pas le courage de s’affirmer comme telle. Paradoxe : Il nous serait même possible d’entrer dans la démarche de cette pseudo-science, si ses tenants avaient un peu d’humilité au regard des autres terrains de recherche… C’est ainsi qu’ici et là sur le net, on trouve des propos plus propagandistes que véritablement sérieux au sujet de la géobiologie :

« Une incroyable technique ancestrale enfin au service de tous est l’unique solution : la géobiologie vibratoire. C'est une science surprenante dont la dynamique se situe dans l'invisible du bain vibratoire au sein duquel nous évoluons, au même titre que les ondes radio ou télévisuelles ! » (www.geobiologie.org)

On est en plein rêve ! Le mélange est surprenant ! Il répond à des interrogations très actuelles au sujet de la nature des ondes et de leurs effets sur le métabolisme humain. Il vient aussi au secours de la soif spirituelle actuelle qui mêle ésotérisme (4) et technique soi-disant avérée (« incroyable technique ancestrale »). Technique, science, ésotérisme et spiritualité, la salade mêlée de ces domaines, habituellement bien délimités par les chercheurs, est servie !

pendule ou baguette,
les outils du médium-magnéticien.
Il y a quelques années, j’ai suivi les cours du soir d’un sourcier-géobiologue… chrétien ! Cela m’a à la fois ravi et un peu consterné… Comme participant, j’ai rapidement et clairement détecté un vocabulaire ésotérique  voire relatif au « New Age » (5)  et suis devenu méfiant. Avec un peu de distance, j’y ai perçu un amalgame syncrétique de doctrines fumeuses, un système d’interprétations des symboles historiques et architecturaux décalé et douteux. Ce cours avait évidemment quelque chose de passionnant et de pimenté, il était un peu de l’ordre de la révélation… Je me suis trouvé tout à coup au sein d’une constellation de savoirs opaques qui nous seraient enfin dévoilés. Tout ceci m’a vraiment passionné mais aussi passablement dérangé.

J’ai pris d’abondantes notes durant les cours, sachant que j’allais passer au crible tout ce que je pourrai au sujet des sources et des concepts avancés par l’enseignant. Le problème central de la pensée mise en avant dans ces cours est qu’elle ne repose sur aucun fondement scientifique reconnu. Les sources et les études connues et solides permettant d’alléguer sérieusement que « la connaissance inscrite dans les pierres nous explique le formidable outil d'éveil et de guérison qu'ils sont » (6) avoisinent le néant.

Les forces telluriques du sous-sol
influencerait la force mentale et la
clairvoyance spirituelle des personnes...
Tirés de l’encyclopédie Wikipédia, vous pouvez lire, entre autres, ces trois textes (7) qui tentent d’analyser, avec un tant soit peu de recul scientifique, un des concepts centraux et deux pseudos-sciences dont l’aura est contestée et qui marquent la pensée ésotérique.

S’il est communément admis que les forces telluriques existent, que les symboles des mythologies de l’Antiquité soient intimement liés à l’histoire spirituelle et architecturale des lieux saints chrétiens, que les influences du milieu terrestre sur l’homme soient avérées, je peux volontiers l’admettre, mais que l’on argue sans autre forme de procès que « à travers une redécouverte de Kheops, de la cathédrale de Strasbourg et par des exercices pratiques en groupe et en paire vous réussirez à développer le potentiel énergétique qui sommeille en vous » (8) , là je regrette : je m’insurge ! Nous sommes en plein cauchemar scientifique !

Ces allégations manquent de bases scientifiques sérieuses et sont dépourvues de fondements objectifs et vérifiables. Les méthodes d’investigation sont inexistantes ou invérifiables. P. ex. le pendule ne donne pas satisfaction aux scientifiques, non pas parce que « cela ne marche pas », mais parce que les liens, corrélations et influences avec le fonctionnement humain au sens large du terme sont quasiment inconnus… Cette pensée syncrétique manque de prudence et de nuances. Elle se nourrit à tous les râteliers pour faire fondre en une masse informe toutes sortes d’éléments. L’astronomie, la théologie, les géosciences, l’architecture et la mythologie, la cinétique, la chimie avec leurs spécificités deviennent un agrégat touffu – une alchimie ! – qui, de mon point de vue, perd tout crédit.

Cet enseignement méconnaissait l’importance de l’objectivité et de la démarche rationnelle. Le ressenti d’un seul individu suffit pour que la vérité éclate ! On est en pleine tyrannie du sujet pensant.

Sensible, comme chacun sait, au domaine spirituel si essentiel à l’Homme, je tiens ici simplement à rendre compte de cette imposture intellectuelle. Si, d’une part, la croyance, infondée rationnellement (9), est une insulte à la raison humaine et mène souvent les gens sur la route du « n’importe quoi », alors une pensée qui se veut scientifique et qui saute, comme celle-ci à pied joint sur les exigences épistémologiques de la science moderne, ne mérite pas une seconde notre attention.

Ni montée passionnée aux créneaux, ni velléités de révolution ici. A tout cela, j’y ai simplement vu un enjeu éducatif de prudence et de nuance face à la quête du vrai, du bon, du juste. Il nous faut distinguer, discerner… Nous en sommes capables, grâce à Dieu !

Pascal Tornay

______________________________
Notes :  

(1) Pour un décryptage au sujet pseudo-sciences de la communication, voir l’ouvrage de Pascal Lardellier : « Arrêtez de décoder ! », Editions de l’Hèbe, Charmey, 2008. Ou, en matière de mélange entre sciences exactes et sciences humaines , l’ouvrage plus connu encore d’Alan Sokal et Jean Bricmont, « Impostures intellectuelles », Ed. Odile Jacob, Paris, 1997.

(2) Une pseudo-science (du grec pseudês : « faux » ) est une démarche prétendument scientifique ou utilisant le langage de la science mais qui ne respecte pas les canons de la méthode scientifique, dont le principe de réfutabilité. Ce terme est utilisé dans le but de dénoncer certaines disciplines en les démarquant des démarches au caractère scientifique reconnu. Certains auteurs utilisent le terme para-science, perçu comme moins péjoratif.

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Géobiologie_(radiesthésie)

(4) « L'ésotérisme désigne un ensemble de mouvements et de doctrines relevant d'un enseignement caché, souvent accessible par l'intermédiaire d'une « initiation ». (Cf. Wikipedia)(« éso » = intérieur, p. opp. au préfixe « exo » = extérieur.

(5) Ne voulant être ni religion ni secte le Nouvel Age se présente à nous comme un mouvement spiritualiste et mystique dont l'ambition est tout à la fois politique et religieuse: établir un gouvernement mondial de justice et de paix sous la férule du Messie revenu. Ce n'est pas une secte, pas une organisation, c'est un système multiforme qui s'adapte à tout ! (Paul Ranc) Il est insaisissable et tolérant (sauf pour la vérité) il n'a ni couleur politique ni religion, il est un mode de pensée, une disposition d'esprit qui envahit le monde entier. C'est un nuage qui change de forme au gré du vent. Le Nouvel Age prétend être la synthèse et le parachèvement de toutes les religions, l'accom-plissement de toutes les prophéties, le summum de toutes les philosophies. Il est un mouvement pour "l'éveil de la conscience planétaire" dans le 3eme millénaire. (Cf. http://www.info-sectes.org/newage/newage.htm)

(6) Cf. http://www.unipopsierre.ch/index.php?pageid=159&courseId=4294

(7) Le taux vibratoire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_vibratoire
La géobiologie :   http://fr.wikipedia.org/wiki/Géobiologie_(radiesthésie)
La "sourcellerie" :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Sourcier

(8) Cf. http://www.unipopfully.ch/index.php?pageid=159&courseId=4608

(9) « J'ai besoin de comprendre pour croire ! » S. Augustin. Sermon 43 in Les Plus Beaux Sermons de saint Augustin,réunis et traduits par Georges Humeau, t. I, p. 181-189. EA, 1986.

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