Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

mardi 25 août 2009

Le stéréotype : l'art de l'implicite

Stéréotype du Français
Ah ma foi ! C'est la vie ! Combien de fois n'ai-je pas entendu cette expression en conclusion d'une conversation !

Que peut bien contenir une expression si « bateau » dirais-je, puisqu’elle ne signifie rien en elle-même ? Que veulent bien dire ces expressions si équivoques, elles qui s’immiscent dans les silences et les vides sémantiques des conversations ? Sont-elles porteuses d’un message ? Je le crois… Encore faut-il pouvoir regarder un visage prononcer ces termes pour en voir poindre les germes ? Le non-verbal, et plus généralement le contexte direct, semble crucial pour décoder les stéréotypes…

Stéréotype de l'Allemand


Je crois que le stéréotype est ambivalent, c’est sa nature. Il est une sorte de messager boiteux, une rengaine tant et tant entendue sous quoi cacher une ribambelle de non-dits, et surtout sous laquelle on peut aussi soi-même se cacher… En même temps, il n’est pas sans signification. En l’employant, on dit tout de même quelque chose… On ne peut pas ne pas communiquer, affirment les spécialistes en la matière. Se taire, c’est déjà dire quelque chose de soi ! Communiquer est plus vaste que le monde de l’oralité. Et à ce propos, on peut dire que les stéréotypes ont envahi tous les espaces de communication possible.

Penser, réfléchir à une question ou à une situation est exigeant, pénible même, si l’on veut le faire avec sérieux. Or, il est impossible de vérifier et contrôler toutes les informations qui nous arrivent journellement et les traiter avec sérieux. Nous exploserions ! C’est ainsi que le stéréotype permet de nous simplifier la vie en structurant et en triant les informations selon notre grille de sélection sans avoir à toujours tout remettre en question. Ainsi, la pensée stéréotypée va nous aider à fixer la réalité et à nous fonder sur une certaine quantité de certitudes. Avoir des certitudes (la sienne en général donc ;-) !) et s’y tenir est plus aisé, mais cela est aussi très dangereux. On pressent le blocage et la fermeture d’esprit… Je crois tout de même que le stéréotype est une sorte de prêt à penser dont j’affublerais volontiers le commun des mortels qui, sachant à peu près tout sur à peu près rien, est prêt à mettre sa main à couper pour défendre une position dont il croit pouvoir être le chantre le plus sérieux en ayant grappillé les quotidiens populaires les plus sérieux…

Souvent, après avoir réfléchi à une question profondément ou après avoir fait une expérience nouvelle et radicale, la pensée stéréotypique va, en principe, être remise en question et évoluer… Voici la réouverture, l’avancée !

C’est pourquoi je me dis : « n’allons pas trop vite… » Si le stéréotype est le prêt à penser de Monsieur Tout le Monde, il peut receler aussi une certaine force et une certaine sagesse. Ne dénigrons donc pas sans détours ce procédé de communication… Certes, parler sans cesse à l’aide d’une pensée toute faite ou pré-mâchée par les informations quotidiennes va faire de nous des individus certes forts sympathiques, mais aussi inhiber progressivement notre capacité à mettre en doute ce que nous entendons et voyons… On pressent ici l’individu sans grande saveur, abreuvé plutôt par l’esprit médiatique de son temps. Et pourtant, le stéréotype n’a pas dit son dernier mot ! Il n’est pas si vite réductible…

Il cache son jeu… Il est bien plus subtile qu’on ne veut bien le croire ! Le problème du stéréotype, c’est qu’il ne dit – justement – pas son nom. Il porte secrètement en lui sa signification, et même les interrogations de son locuteur. Le stéréotype nous permet aussi de garder la face vis-à-vis d’une intervention impromptue ou gênante d’un adversaire en train d’expliquer, de s’expliquer ou de s’imposer. Certes, on n’a pas réponse à tout, mais pourtant il faut bien dire quelque chose. Et que dire face à la souffrance de l’autre ? A ses questions existentielles ? Que répondre à la personne bien documentée sur tel ou tel sujet ! Que répondre au témoin qui a vu, qui a entendu ?

Répondre de manière stéréotypée, ce peut être aussi une belle manière de renvoyer l’autre à ses questions, sans lui proposer mes propres certitudes et mes options toutes faites. Lui répondre sans lui donner une réponse, si j’ose dire ! C’est l’équivoque qui peut sauver, qui respecte pleinement, qui reçoit l’autre comme un Autre ! L’équivoque peut donc être le révélateur d’une certaine sagesse qui affirme que tout ne s’explique pas, tout ne se saisit pas et qu’il faut laisser une part au mystère, à la contemplation même de ce sur quoi nous n’avons aucune prise.

Certes, étant ambivalent, le stéréotype et ses équivoques, comme je l’ai dit, peut être vu comme une faiblesse. Parler constamment à l’aide de stéréotypes peut manifester l’incapacité d’une personne à remettre en question sérieusement un aspect de sa vie, ou encore à revoir une question sociale ou politique. Oui, nous nous contentons souvent de si peu pour catégoriser ceci, classer cela, juger de, estimer que… Le stéréotype est présent partout et il se déchaîne là où le jugement humain est par trop paresseux et se satisfait trop vite. Indéracinables préjugés !

Je dois avouer que je retrouve bien plus souvent le stéréotype dans le camp de la pensée populaire toute faite, critique (au mauvais sens du terme) et acerbe qui s’attache pieusement à pourfendre ceux qui, en face, prennent leur responsabilité et exerce leur liberté en faisant par conséquent des erreurs.

Lestéréotype du camp des sages est plus rare. Il demande une conscience de l’infini, une humilité discrète et une humanité douce. Ce stéréotype-là est différent. Il ressemble souvent au silence, à la reformulation, à l’écoute d’une autre manière de penser, au décentrement. Les stéréotypes de ce genre là ont peur des préjugés et se gardent de clamer leur vérité trop fort. Ils se nourrissent et se reçoivent des autres. Mais c’est ici une toute autre histoire. Tu vois comment ?

Pascal Tornay

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