Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

mardi 17 mars 2020

Ralentissement

Ah ce virus ! Il en aura fait parler à toutes les sauces. Et ça continue, puisque j’écris encore à ce sujet… En marge des alertes, des pleurs et des drames par milliers, il y aura eu, plus silencieusement, ce que tant d’esprits (sains.ts?) deman-daient avec ferveur depuis longtemps : un ralentissement de la course folle, un retournement vers davantage de sobriété, de simplicité, un retour à ce – et ceux – qui se trouve-nt autour de soi…

Englué qu’il est dans le superficiel, la course à la possession matérielle et au salut par l’argent et le pouvoir, le genre humain seul serait-il, seul, parvenu à un tel résultat ? Il aura fallu qu’un être vivant microscopique – pour ne pas dire invisible – fasse le sale boulot. Il ne faudrait pas qu’elle nous lâche trop tôt, cette petite bête, car nous repartirions tous autant que nous sommes dans la course infernale… aussi vite que nous avons plongé dans l’immobilité – que par ailleurs j’appelais de mes vœux de manière prophétique, rappelez-vous, dans mon dernier billet (Journal Vie et Foi n° 192).

Nous y voici donc dans une certaine immobilité qui, chez certains, provoque l’anxiété, chez d’autres, la sérénité… Deux camps ! En effet, l’hystérie de certains montrent d’une part combien notre peur de manquer est grande et d’autre part en quoi (ou en qui) nous avons placé notre confiance. Les temps de crise sont de puissantes loupes sociologiques : elles manifestent clairement où nous en sommes avec nous-mêmes, avec les autres et avec le Seigneur ! Cela me rappelle la parabole des brebis et des boucs que le Christ place à sa droite et à sa gauche dans l’Evangile (Mt 25, 33). Comme l’on sait, cette frontière ténue passe à l’intérieur de chacun d’entre nous. Nous avons tous à faire à nos démons. Ces temps si particuliers les feront ressortir. Il faudra leur faire face. Si c’est pour qu’ils nous quittent définitivement, ce sera une excellente chose.

« Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants ! » (Ps 118, 8-9)

Quelle n’a pas été ma surprise de voir les rayons des supermarchés de Sembrancher où j’approvisione ma famille, être dévalisés comme en temps de guerre. J’imaginais cette hystérie avoir lieu dans les grandes villes de Suisse romande… Dans cette situation sans précédent, je nous exhorte à rester dans la paix et la confiance dans le Seigneur et, en toutes circonstances à (ré)agir comme des chrétiens, c’est-à-dire rester à l’écoute de la Parole de Dieu, fidèle à la prière, attentifs aux besoins des plus proches et être prompt à l’action solidaire. Et le dernier mot revient au psalmiste : « Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130, 1-2)

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Crédit images : © LDD

jeudi 20 février 2020

Des passages étroits

Tout à coup, l’illusion s’arrête. Je croyais que j’avais la maîtrise de ma vie. Ou alors j’avais oublié que c’était une illusion. Je (me) suis perdu. J’ai froid. 

Je me souviens de nombre de ces passages étroits où la gorge se serre et où grandit l’angoisse bien sensiblement dans mon ventre. Les occasions sont diverses mais, de la perte d’un portemonnaie ou d’un téléphone portable à l’anxiété à la suite de la maladie d’un très proche ou d’une perte de repères liée à un changement professionnel ou à un deuil au sens large du terme (déménagement douloureux p. ex.), à chaque fois il me semble que j’entre dans un même type de scénario.

Je constate que, souvent, ce qui est vecteur du resserrement, c’est la perte de maîtrise ou, devrais-je dire, la perte de l’illusion de maîtriser un pan ou un autre de ma vie. De ces étroits goulets qui sentent plutôt la désolation et la mort, chacun à sa manière en a vécu. Ils semblent inhérents à l’existence. Mais serait-ce des éveils ? Plutôt rares sont ceux qui en témoignent tout à fait librement, tellement ces passages marquent jusqu’à la chair de ceux qui les ont traversés. Le simple fait d’en parler fait parfois remonter la peur de ressusciter l’expérience et la douleur qui l’accompagne.

N’allons pas dire trop tôt que ces épreuves nous font « grandir » – même si souvent c’est vrai ! D’une part parce que nous ne sommes pas égaux et nous n’encaissons pas les chocs de la même manière… D’autre part, parce que, personnellement, je ne suis parvenu à le dire pour moi-même que plus tard en relisant. Et encore,… en le murmurant !

A chaque fois, peu ou prou il est question de mourir. D’ailleurs, il m’est arrivé d’entendre dire : « Tu ne vas pas en mourir ! » Encore une vérité difficile à encaisser sur le moment où j’ai le sentiment puissant que je ne m’en sortirais pas indemne. A chaque fois, ce fort sentiment suscite en moi un cri : le cri du tout-petit abandonné. « Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur ! » et je cherche ta présence comme le seul bien qui restaurera mon coeur torturé.

Mais, comme son nom l’indique, le passage… est passager ! L’étau, à un moment un peu mystérieux, se déserre et laisse à nouveau se déployer la paix. Comme lorsqu’on sort d’un lieu confiné où où l’air s’est fait rare et que l’on arrive enfin au grand air ! Quel sensation de libération, d’apaisement, de RÉSURRECTION !

Je peux bien sûr relire les situations que j’ai traversées dans une perspective de troubles psychologiques liés à une histoire un peu chaotique. Mais, indéniablement, pour mon cas, la présence d’éléments spirituels a été déterminante. J’ai toujours considéré que Dieu employait le potentiel de la situation pour en tirer un bien.

Je m’appelle Pascal, l’enfant du passage, et je suis déjà un peu ressuscité, même si je n’ai pas encore complètement passé la mort… De toutes celles et ceux qui vivent ces passages, je me sens proche. Après la nuit, il n’y a pas la nuit…

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Image : © DR
Légende : La matin de la résurrection, tableau du peintre américain James Martin

jeudi 6 février 2020

Ne bougez plus...

On nous bassine avec la mobilité (surtout sur le plan professionnel) : ce serait un peu comme bouge ou crève ! Être mobile ou être un mobile ? Parfois, les deux ne sont pas très éloignés. Je parle, vous savez, de ces objets décoratifs qui, suspendus au plafond, virevoltent au gré des vents… Fermes en elles-mêmes, ces figurines, suspendues par un petit filin, sont les pures esclaves des courants du moment.

A Coluche qui, citant très ironiquement le politicien français Raymond Barre à la fin des années 70, rappelait malicieusement l’urgence (sur le plan politique) de « mettre un frein à l’immobilisme », j’oppose – pour le bien de notre maison commune (1) et pour notre équilibre mental – l’urgence de goûter à l’immobilité…

Je souscris au défi de passer d’une mobilité insensée – celle au service d’une croissance économique inhumaine – à une profonde immobilité mais sans aucun immobilisme ! J’entends : l’immobilité sage de ceux qui savent s’arrêter et ne plus bouger dans un acte souverain et courageux qui permet de revenir sérieusement à l’essence de la vie humaine pour mieux agir. Une cessation d’activité silencieuse et priante qui permet d’être mieux enraciné et tendu, ensuite, vers l’action juste, pleine et aimante (missionnaire ?) envers moi-même, autrui et la maison commune. Sans immobilisme, c’est-à-dire sans cette oisiveté centrée sur mon seul bien-être qui ne mène qu’à une excroissance de moi-même sans fécondité.

J’invite non pas à l’immobilité crasse de ceux qui, désengagés, préfèrent s’enfoncer dans un lâcher-prise tout empreint d’indifférence. Non ! Plutôt à celle, toute intérieure et orientée, qui permet à l’humain de retrouver, au creux de lui-même, l’unité avec la Source même de sa vie, source dont tout être a besoin pour retrouver le (bon) sens d’une saine mobilité. En effet, je crois fermement qu’il nous faut augmenter notre capacité à savoir nous arrêter ! Et même plus encore, quelques moments chaque jour, à ne plus bouger ! D’ailleurs, la vie nous y pousse inexorablement : immobile dès le sein maternel, le grand âge (ou la maladie) nous rappellera tantôt à l’immobilité.

« Mais voilà, tout arrêter, est-ce aussi simple et facile ? Faites-en l’expérience ou rappelez-vous simplement votre dernier jour de congé : n’avez-vous vraiment rien fait ? Ne vous êtes-vous pas agité et activé, n’avez-vous pas bougé ? Comment donc réussir à marquer des arrêts, des pauses, des stations ? C’est tout l’art de s’immobiliser, que propose le philosophe Jérôme Lèbre. » Dans un récent essai (2), notre homme ose faire l’éloge de l’immobilité et prend le contre-pied des temps actuels : « Dans ce monde qui semble soumis à une accélération constante, où l'on ne cesse de louer la marche ou la course, nous souhaitons et craignons à la fois que tout ralentisse ou même que tout s'arrête. » Notons la peine de notre société capitaliste à imaginer qu’un avenir possible puisse résider dans une certaine décroissance !

L’art de l’immobilité un « art paradoxal » et « l’accomplir est difficile, continue J. Lèbre. Car ne rien faire implique, en fait, un énorme effort : celui de faire face aux critiques de l’immobilisme et celui de faire face à ce que l’on redoute : être empêché, stoppé, paralysé (Pensons au vocabulaire du travail : on est arrêté ou alors on a un avancement), et enfin, le plus gros des efforts : celui de se faire face, de rentrer en soi, précise-t-il. Les éloges de la mobilité comme la critique de l'accélération sont passés, selon lui, à côté de ces situations (prison, accidents ou paralysies, disciplines scolaire ou professionnelle, embouteillages, etc.) où l'immobilité s'impose, non sans violence.

Il faut redonner son sens à l'immobilisation, admet notre auteur. Car cette peine est aussi une étape, une station, impliquant le corps et la pensée. Et j’ajoute avec force le rapport à la transcendance. Tenir debout, assis, dans la position du lotus ou même couché, termine-t-il, c'est exercer sur soi une contrainte signifiante. (…) Savoir faire halte, c'est savoir résister. »

J’en prends sérieusement de la graine !

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(1) C’est-à-dire notre planète dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François.
(2) Jérôme Lebret, Eloge de l’immobilité, Desclée de Brouwer, 2018.

Crédit images :
Couverture du livre de Jérôme Lèbre
© www.lalibrairie.com
Images d’ouvriers en pause
© http://cdn.radiofrance.fr

dimanche 1 décembre 2019

Quel temps pour Noël ?


Voici décembre et son flot de lumière qui compense la brièveté des jours. Surabondance de toute part… dans les vitrines, pas nécessairement dans les cœurs. La fièvre des uns en fait vomir d’autres. Décembre, le mois du (de) trop ? A cette période, une seule denrée semble cruellement manquer à nos contemporains : le temps ! Tout s’accélère durant cette fulgurante montée de l’Avent comme si une échéance fatale allait tomber sur le monde. Des amis entrepreneurs en témoignent : « Il nous faut à tout prix tout finir avant Noël ! ». Arrive alors, justement, la veille de Noël : là, le temps semble se retenir de couler… l’espace d’un moment.

Les expressions liées au temps – qu’il fait ou qui passe – sont très nombreuses. Peu ou prou, il conditionne notre existence. Nous vivons à l’intérieur de lui (et lui de nous) comme dans une matrice, au sens maternel du terme. Lui, coule mystérieusement. Mais, plus nous l’enfilons dans des catégories – des minutes, des secondes – plus nous en devenons prisonniers : Prisonnier de nos propres catégories ! Lui coule, mais nous, en voulant le dompter, combattant pour sans cesse en gagner et éviter d’en perdre – en devenons les parfaits esclaves ! Lui coule, mais de notre côté, le combat à mort est engagé ! Certains d’ailleurs se tuent à « tuer le temps » : la catastrophe est annoncée !


Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. (…) J’ai compris qu’il n’y a rien de bon pour les humains, sinon se réjouir et prendre du bon temps durant leur vie.
L’Ecclésiaste 3, 11-12
Je vois dans ma propre vie qu’un mûrissement a pu démarrer lorsque le temps s’est arrêté, plus précisément lorsque ma course et mon combat contre lui a enfin cessé. En fait, je suis tombé gravement malade et je n’ai pas eu d’autre choix que de vivre avec « mon » temps, de le laisser faire son œuvre. On dit cela, en général, pour éviter de parler de l’action de l’Esprit Saint en nous...

Le précieux temps est un facteur, mais l’ouvrier des profondeurs : c’est Dieu ! Patient, il fait avec le temps. Il prend son temps. Il ne brusque jamais. Il attend le temps du mûrissement pour pouvoir apaiser, guérir, purifier et… sauver ! Nous saisissons mal la pédagogie de Dieu, car nous sollicitons souvent de lui une action immédiate, car nous sommes en souffrance ou en détresse et que le temps presse ! Le temps ne presse jamais, c’est plutôt le mal qui « op-presse ». Lui, l’ouvrier des profondeurs, agit autrement : par un patient et puissant amour, il vient à bout de tout. Nous, nous préférons nos combats, mais c’est eux qui viennent à bout de nous !

Lui, le « Maître de tous les Temps », qui pourrait si aisément se passer du facteur temps, ne le fait pas… Il fait advenir les choses à temps. La sagesse biblique le rappelle à qui a des oreilles : « Chaque chose vient, oui, en son temps ». (Ecclésiaste 3, 1-15) Noël aussi !

Devenons des « matrices » pour que le Christ puisse prendre vie au cœur de notre vie…


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Image : © www.artmajeur.com
Légende : La naissance du temps, acrylique sur Toile (100x80 cm) de l’artiste d’origine allemande DagMar.

vendredi 15 novembre 2019

Impuissance


L’épouse d’un cousin se sépare de lui, le laissant seul avec trois enfants. Ils ne savent plus comment être ensemble. Impuissance. Mutisme. J’évite tout jugement. Aussi intérieurement. J’adopte tant bien que mal une posture compatissante et priante.
L’époux d’une amie est décédé récemment après une longue maladie. Je l’appelle pour prendre de ses nouvelles : « Comment traverses-tu cette nouvelle épreuve ? » J’écoute et essaie de l’entourer, un peu malhabilement, de mon amitié, d’une certaine paix que j’invoque. Impuissance. 
Un ami en grande difficulté se demande quel est le sens de sa vie. Il se dit que, dans ces conditions de précarité, de souffrance, il décidera prochainement s’il mettra un terme à cet existence misérable. A ces propos je prends peur, mais essaie de regarder vers le Seigneur en gardant cette profonde certitude que tout est en Lui. J’écoute, impuissant. Je le confie secrètement à la tendresse du Père, aux anges gardiens. Je l’assure de ma présence active… s’il en a besoin.

Je pourrais multiplier les exemples. Face à toutes ces situations, que faire ? Qu’y puis-je ? Concrètement, j’avoue : je ne sais pas. Je me souviens d’un épisode de détresse personnelle il y a 15 ans : mes proches étaient tous dans un désarroi terrible. Comment faire ? Que faire ? Que dire qui puisse soulager, soutenir, encourager ?

Après coup, mes parents m’ont dit : « Que pouvions-nous faire ? J’ai répondu : « Il n’y avait rien à faire. Il y avait à être là et à rester là, présent, discrètement à l’affût. Il y avait à donner un sourire, un câlin. Il y avait à rester confiant, silencieusement : priant et criant sourdement vers le Seigneur tout-(im)puissant (!), comme vous l’avez fait sans cesse… Alors des perles jaillirent de leurs yeux : « Nous avons donc pu faire quelque chose pour toi ! » Je rétorque : « Vous avez été là et vous êtes restés avec moi, c’est tout ce dont j’avais besoin : MERCI ! »

Voilà le « pouvoir des mains vides » comme a pu l’écrire l’abbé Joël Pralong ; le pouvoir paradoxal que Dieu, par son Fils Jésus, exerce notamment sur la Croix et qu’il continue d’exercer dans le secret de notre vie. « Ne rêvons pas que Dieu soit partout sauf où l’on meurt » dit une hymne du bréviaire. Oui, il est là discret, mais éternellement et totalement présent sur ces routes humaines où l’on souffre et où l’on crie de douleur.

Nous sommes impuissants qu’apparemment car au fond, une force mystérieuse et réelle passe bien ! En fait, rester foncièrement confiant, patient et présent à l’autre tient tout à la fois de la banalité et du miracle. Dans ce compagnonnage qui va jusqu’au bout – que chacun peut offrir – et que le Seigneur, lui d’une manière divine, ne cesse d’offrir à celle et celui qui veut le recevoir – il y a le plus haut témoignage d’amour. Il ne fait pas de bruit, mais il est rédempteur !

Hymne : Puisqu’il est avec nous
(D. Rimaud - CNPL) 

(…) Puisqu’il est avec nous
Pour ce temps de violence,
Ne rêvons pas qu’il est partout
Sauf où l’on meurt...
Pressons le pas,
Tournons vers lui notre patience,
Allons à l’homme des douleurs
Qui nous fait signe sur la croix !

Puisqu’il est avec nous
Dans nos jours de faiblesse,
N’espérons pas tenir debout
Sans l’appeler...
Tendons la main,
Crions vers lui notre détresse ;
Reconnaissons sur le chemin
Celui qui brûle nos péchés ! (…)



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Image : © www.pxfuel.com

jeudi 10 octobre 2019

CREDO : rémission des péchés ?

Au cours d’un échange, un ami est heureux de me confirmer qu’il est en rémission après une période faste en ennuis de santé ! La joie domine : le mal est passé et la santé est recouvrée. Mais à quel prix? Après quel combat ?

Rémission (remettre) est un terme équivoque ; en termes bibliques, il s’oppose à rétention (retenir). Par exemple dans le Notre Père (Mt 6, 9) où Jésus parle de remise de dettes (et non pas de rétention sur salaire!). Voilà bien un vocabulaire comptable pour parler de pardon ! Dans la partie finale du Credo, il est mentionné la rémission des péchés : comme on remet une dette, les péchés seraient remis? En vertu de quoi, de quelle puissance ?

Un jour qu’il se trouve à Capharnaüm, Jésus remet ses péchés et guéri un homme paralysé qui lui est amené par le toit de la maison où il se trouve. « Voyant [la foi de ceux qui le transportaient], Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Stupéfaits, les scribes présents, perplexes, estiment que Jésus blasphème : ils ne voient pas Dieu en lui. Jésus va alors guérir l’homme de sa paralysie et va mettre cette capacité en rapport avec celle de remettre les péchés pour leur montrer, par un signe visible, qu’il a toute autorité pour le faire (Mc 2, 1-12).

Par ailleurs, Jésus aborde souvent le thème de la miséricorde à partir de paraboles. L’une d’elle met en scène un roi qui, sur la simple supplique d’un de ses sujets, lui remet une dette monstrueuse alors que, ensuite suite, ce dernier est lui-même incapable de se montrer patient avec son propre débiteur qui lui doit une petite somme d’argent. Jésus montre ici la capacité inouïe de Dieu à pardonner, c’est-à-dire d’aller au-delà de toute comptabilité, dans la logique de l’amour.

Enfin, lors de son dernier repas, lorsque Jésus prend la coupe, il dit à ses amis : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés ». (Mt 26, 27c.28). C’est donc en vertu du sang versé par Jésus, victime innocente, que les péchés des hommes peuvent être remis. Accéder à la coupe est donc le gage d’une possible rémission. Encore faut-il accepter de se placer dans Sa logique d’amour complètement folle à nos yeux, au-delà de toute justice…

« Fais-nous sortir, Seigneur, de cette épuisante logique des dettes et devoirs, de ce monde impitoyable où sans cesse tour à tour créanciers ou débiteurs, sans cesse occupés à réclamer notre dû ou à négocier des délais, nous n’avons plus le temps d’être des frères. » (1)
 
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(1) Candiard Adrien, A Philémon : réflexion sur la liberté chrétienne, Ed. Cerf, 2019.
Image : © jesusmafa.com

lundi 27 mai 2019

En couple en Eglise...

Famille, travail, amis, loisirs et pastorale : voilà un beau cocktail d’équilibriste… On pressent qu’une « belle foi » ne suffit pas ! Sans un travail d’écoute véritable et de dialogue authentique, sans un lent mûrissement, il est certainement impossible de se donner en partage à sa communauté dans un service ou dans un autre. Vivre en couple une collaboration durable en Eglise dans l’unité et la diversité : tel est le défi ! N’est-ce pas finalement le défi de toute vie ?

Colette : Dès l’origine de notre histoire commune, éloignés l’un de l’autre, Pascal et moi avons expérimenté l’importance de l’abandon au Seigneur à travers diverses situations rocambolesques. Notre amour nous a poussé à poser des actes concrets (fiançailles) de l’amour du Christ jusqu’au don de soi pour l’autre. Sept ans ont passé, des enfants sont venus, d’autres engagements sont apparus. Prier ensemble constitue pour nous incontestablement le terreau dans lequel s’enracine nos engagements –  différents pour l’un et l’autre – mais communs.

Pascal : A l’heure où je s’apprête à recevoir le sacrement de l’ordre pour servir le Seigneur d’une manière encore nouvelle dans le diaconat, j’entends encore Colette, tour à tour catéchiste, théologienne, épouse et grande sœur dans l’Esprit Saint, me dire, il y a 4 ans : « Mon Cœur, il était temps que tu te décides à répondre à cet appel. » Ce désir diaconal prend donc sa source loin en amont de nos deux vies. Il s’ancre et se déploie dans notre amour conjugal. Nous souhaitons que jamais il n’en soit le concurrent. Nous y veillerons.


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S’engager comme couple n’est pas une sinécure.
Comme tout engagement, c’est plutôt une aventure :
Avec tout ce qui s’y joint de beau et de grand…
Mais, voilà, gare aux bulles et aux débordements !

Plus le mât pointe haut au-dessus du navire,
Plus grandes sont les voiles qu’elles viennent servir,
Plus lourde sera la quille et du meilleur calibre,
Invisible garante de tout le bâtiment et de son équilibre.

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dimanche 19 mai 2019

Pourquoi diacre ?

Je me rends bien compte que le ministère du diacre questionne les gens. C’est une très bonne chose ! « Pourras-tu faire ‘plus de choses’ ? », me disent certains. « Qu’est-ce que ça changera dans ton travail ? », demandent d’autres. Ou encore : « Bravo pour ta promotion ! » Quelques personnes ont même regretté que le diacre soit confiné dans une sorte de ‘sous-ministère’ ne pouvant ‘même pas’ célébrer tel sacrement. Ces retours m’indiquent qu’encore beaucoup perçoivent les ministres de l’Eglise comme des agents ‘prestataires de services’.


Si vous saviez ! Je ne vis pas ainsi l’appel que le Christ a posé sur moi. J’ai demandé au Seigneur de transformer mon cœur en profondeur pressentant que ce serait à partir d’un cœur nouveau – petit et pauvre – que je pourrais vivre à fond cet appel. Petit et pauvre au sens où, selon la parole de St Jean-Baptiste, « il faut qu'Il croisse et que, moi, je diminue » (Jn 3, 30). Je suis simplement dépositaire d’un fol amour qui se manifestera à tous à travers un service spécial. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle ‘fonction’, mais d’un appel puissant à ‘descendre’ vers les pieds des gens comme Jésus lavant les pieds de ses apôtres et à vivre ainsi en serviteur de l’amour, comme le ‘Dieu Très-Bas’, écrivait Christian Bobin.

J’aborde donc ma vocation en frémissant : je découvre pas à pas le chemin qui se trace devant moi. « Que puis-je faire pour toi Seigneur ! », lui dis-je… « Vers qui m’enverras-tu ? »

mardi 23 avril 2019

Ordination diaconale de Pascal - 9 juin 2019

Par le don de l’Esprit Saint, pour l’annonce de la bonne Nouvelle et au service de tous,
Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion
ordonnera diacre

Pascal Tornay 

dimanche 9 juin 2019 à 15h 
à l’église St-Michel de Martigny-Bourg
en la fête de la Pentecôte.

SOYEZ LES BIENVENUS ainsi qu’à l’apéritif qui suivra.
Inscriptions nécessaires avant le 20 mai 2019 


Devenir diacre ?
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Propos recueillis par Jean-François Bobillier, animateur pastoral

Depuis peu, j’ai la chance de connaître une nouvelle et belle amitié. C’est rare et précieux un ami ! Du coup j’aurais bien aimé le garder pour moi. Mais voilà qu’il lui prend une drôle de lubie : enfiler une nouvelle tenue de service et se donner à tout-va ! Comment, me direz-vous ? En osant amorcer un virage audacieux dans sa vie : devenir diacre ! Non mais franchement, Pascal, éclaires-nous un peu parce qu’on peut concevoir – à la limite – que tu te mettes au yoga, que tu prennes un abonnement au FC Sion ou que tu ouvres un salon de barbier… mais pas devenir diacre !

Alors diantre ! C’est quoi un diacre ?
En réalité, personne ne le sait vraiment ! Et la plupart des catholiques, même les prêtres, sont embarrassés pour donner une réponse satisfaisante… Le Concile Vatican II a rétabli ce service dans l’Eglise comme une mission propre. Alors que, jusqu’en 1965, on était manifestement diacre que pour « monter » vers le sacerdoce… Moi, j’ai peur en altitude, la première marche m’ira très bien !

Oui mais zut ! C’est quoi le but ?
Difficiles tes questions ! Si personne ne sait vraiment ce qu’est un diacre… Il me semble qu’on n’est pas tellement mieux paré pour parler du ou des buts du diaconat… Le mot diacre (diakonos) désigne le serviteur, terme qui n’est pas bien loin de celui d’esclave (doulos) ! Si le sacerdoce manifeste plutôt le Christ pasteur, berger de son peuple… Le diacre manifeste le Christ serviteur (souffrant ?). Bref, c’est pour dire combien l’affaire n’est pas une promotion ecclésiale !

Sapristi ! T’es tant attiré par la sacristie ?
Jeune, je ne me sentais pas à l’aide avec les jeunes de mon âge ! Anticonformiste, la sacristie m’allait comme un gant : j’étais de toutes les célébrations, de toutes les combines paroissiales… Et je m’étais rendu finalement indispensable à mes curés… En fait, au fond, je sentais une frémir la vie dans ce milieu. Il m’a été d’un grand secours pour traverser ma jeunesse… tout près du Seigneur. Je me rappelle qu’une personne m’avait déjà « taxé » de « diacre de Vollèges » à cette époque !

Aïe ! T’auras deux fois plus de travail ?

Aïe, sûrement ! Mais le curé Jean-Pascal sauras mieux le dire lui qui est prêt à cocher la case « liturgie » dans mon cahier des charges… Disons qu’au lieu d’être aux côtés de ma famille lors des messes, je leur pourrais leur faire des « clins Dieu » depuis l’autel.
Le diacre est entre autres habilité à baptiser et à célébrer des mariages… Mais tout ce qu’il peut faire, un prêtre peut le faire : il est donc inutile au sens où c’est un pauvre type qui se glisse dans les failles… D’où le fait qu’il est faillible et donc fragile et pauvre… On ne peut rêver mieux pour être du côté des plus vulnérables ! Voilà une des missions essentielles du diacre… Prendra-t-elle du temps, nul doute… Il faudra que j’aiguise mes carres pour surfer encore plus finement entre engagement ecclésial et familial.

Ouïe ! Mais t’as pas un peu la trouille ?
Bien sûr… Pas qu’un peu. Que te dire : l’angoisse et moi, on est « amis » depuis belle lurette… Elle m’a fait passer par des chemins très escarpés. J’ai dit oui, mais la route n’est pas tracée d’avance ! A chaque fois, j’ai dit au Seigneur au fond de moi : avec toi seul, ça passera ! Tu sais, on a beau apprendre la théologie pratique, mais lorsqu’une famille pleure et que ses membres ont besoin d’une parole pour traverser, ouïe !
Dans l’Ancien Testament, le Seigneur appelle Jérémie à son service. Jérémie frémit et s’exclame :
– « Je ne sais pas parler. Je ne suis qu’un enfant ! »
– Ne dis pas cela, rétorque Dieu, tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrais. Tu ce que je t’ordonnerais, tu le diras… Je serais avec toi ! »
Bref, tu vois comment je me sens !

Saperlipopette ! Mais qu’est-ce qu’elle dit Colette ?
Colette a un émetteur-récepteur spirituel hors du commun… bâti à partir d’une riche expérience humaine et ecclésiale ainsi que d’une formation théologique. Donc, lorsque je me suis dit qu’il fallait lui parler de ce que je sentais, Colette a rétorqué : « C’est pas trop tôt ! » J’ai donc été assez vite confirmé qu’il fallait creuser dans ce sens !

Mais diable ! C’est le bon Dieu qui t’appelle ?
Je le crois vraiment ! Après mes études de sciences politiques, avec les copains, on s’était fixé que celui qui atteindrait un ministère le premier paierait une belle soirée arrosée… Devenant, animateur pastoral en 2008, je les ai tous devancé… Les ayant perdus de vie, je me dis que ce sera plus simple d’attendre les noces éternelles pour fêter ça. Prions que tous y soient !

Baste ! Je te sens plutôt enthousiaste…
Oui, la joie est là ! Elle est mêlée à un tressaillement face à l’Immense ! Vers qui, vers quoi cela mènera-t-il au quotidien ? « Viens et tu verras ! »

À la bonne heure ! Pour toi, c’est quoi le bonheur ?
Le bonheur, selon moi, c’est adhérer à la vie ! Coller à ce qui m’est proposé aujourd’hui… même et surtout l’imprévu où Dieu se cache souvent… Un défi !

M’enfin ! J’te laisse le mot de la fin.
Pourvu qu’il soit « vie » ! Je dirais volontiers, à la suite du pape François : « Ami, prie pour moi ! Pourvu que ma vie te serve Seigneur… »

Article paru dans l'ESSENTIEL, Le magazine paroissial du Secteur Martigny, avril 2019

vendredi 29 mars 2019

Exit or not brexit, telle est la question…

Le 29 mars, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne. Un séisme ! A l’heure où ces lignes sont imprimées aucun accord de sortie n’a été trouvé et, dans certains domaines, notamment celui de la libre circulation des personnes et des relations commerciales, l’incertitude croît… Exit la Grande-Bretagne ! Une première dans la courte histoire de l’UE. Au-delà des symptômes, qu’y voir plus profond dans cette rupture ?

Ce n’est pas un secret, les « pères de l’Europe », au sortir des deux conflits mondiaux dévastateurs, ont tenté de bâtir une nouvelle communauté (CECA, CEE) sur des soubassements teintés par les valeurs chrétiennes. Il en reste de nombreuses traces dans le droit européen, notamment celle de la solidarité entre les Etats. Certains voient aussi un indice chrétien sur le drapeau de l’UE avec ses 12 étoiles qui prétend symboliser justement la solidarité et l’union entre les peuples d’Europe. Ces étoiles rappellent – à qui veut bien – la « médaille miraculeuse » de la Vierge Marie, qui la représente avec une couronne de 12 étoiles qu'évoque l'Apocalypse de saint Jean.

La GB rejoint donc la CEE en 1973, devenant le 9e Etat de la proto-union. A l’aube de la 43e année d’union, voici que les britanniques votent pour en sortir… De leur côté, les médias parlent volontiers de divorce… Le terme est lâché ! Comment va-t-on comparer l’union conjugale à l’Union européenne ? A l’instar des individus, après la joie des premiers émois, tenir dans la durée à travers vents et marée est un défi de taille pour une union politique. Souvenons-nous des premiers siècles d’histoire de Dame Helvétia… Tenir un dialogue ouvert et franc, favoriser les compromis, jouer habilement dans les négociations, affiner les équilibres, poser des règles claires, tenir compte des différences… On se croirait en couple !

Par ailleurs, tant au plan politique qu’au plan individuel, si la volonté de s’unir repose sur le seul fait d’y trouver et d’y défendre un intérêt personnel ou particulier, force est de constater que la base d’unité est trop mince et que tôt ou tard, la situation devant inéluctablement se gâter, l’union sera fragilisée… On veut vivre l’unité, mais pas à tout prix ! On redécouvre que l’unité n’est pas ce dont on avait rêvé ! Qu’elle nous coûte cher, trop cher… On se sent prisonnier, alors on se sépare pour préserver ses intérêts… Chacun fait son calcul ! On le sait pourtant, le mariage comme l’union des peuples n’a aucun avenir s’il se jauge à l’aune de simples pesées d’intérêts. Sans utopie, sans rêve, sans désir qui nous dépassent et qui nous font nous dépasser, nous retrécissons et devenons mesquins, peureux et agressifs.

En ces temps de crispation et de repli identitaire, nous avons besoin de pionniers fous comme l’étaient les « pères de l’Europe », d’aventuriers en manque, de rêveurs impénitents,… et de croyants lucides, de ce genre de personnages excentrés qui élèvent notre regard au-delà des possibles humains, au-delà des frontières, des « exits » et des « brexits » Le Christ a été l’un d’eux pour les juifs puis pour toutes les nations : il crie encore au cœur de celles et ceux qui croient qu’à Dieu rien n’est impossible… 


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dimanche 10 mars 2019

Il faut y croire pour le voir…


Tiens, d’habitude c’est le contraire… L’aumônier a dû se tromper ! – ça arrive 😉 ! Il faut le voir pour le croire, c’est ça la phrase consacrée… On ajoute encore : – « Je l’ai vu de mes propres yeux… Il était là ! » Et l’interlocuteur de répliquer, comme pour ajouter la dernière couche :  – « Ce n’est pas vrai ! »

En vérité nous avons l’habitude de faire confiance à nos sens qui nous donnent généralement – il faut le dire – de bonnes indications sur les situations qui nous entourent. Perdre un de ses sens nous place dans une situation extrêmement pénible : c’est un sérieux handicap. La vue, en particulier, contrairement aux quatre autres sens, nous donne des indications sur ce qui se passe loin à la ronde autour de nous. Ce que nous percevons est certainement toujours la réalité. Mais l’image que notre cerveau forme pour nous est déjà une interprétation de la réalité… Il n’y aurait donc de réalité objective que pour nos yeux, pas pour notre cœur, notre 6e sens ?

Ancré dans une dimension parallèle, nos sens intérieurs – sont-ils aussi cinq ? – ne sont pas orientés vers le même environnement et captent des signaux différents, venus d’univers méconnus, du dedans… Pour beaucoup, ces sens intérieurs sont largement mystérieux, plus complexes à employer, à maîtriser ; encore faut-il préalablement avoir découvert leur potentiel et s’être mis à leur écoute…

Dans un monde matérialiste, nul doute que c’est sur la base des deux yeux fixés sur la figure humaine que le diagnostic va tomber : « Il faut le voir pour le croire ! » Domination des sensations extérieures qui sont tout autant de diktats si elles ne sont pas balancées par des « vues » alternatives…
Le scientifique qui construit son hypothèse et va à tâtons à travers vents et marées à la recherche de la vérité ; le philosophe qui avance à pas feutrés sur un terrain difficile à la recherche d’une vision plus juste du réel ; le croyant qui, malgré les apparences et les signaux d’alarme, poursuit sa route dans la confiance le savent tout trois : croire donne aussi de voir ! Donner crédit aussi à nos sens intérieurs, c’est comme marcher sur nos deux jambes ! Encore faut-il avoir une conscience éclairée pour avancer.

Le christianisme ne fait pas fi de la raison humaine, mais il invite à dépasser nos perceptions primaires… Marie-Madeleine voit Jésus vivant, mais elle est aveuglée et ne le reconnaîtra que lorsque Jésus prononcera son nom ! (Jn 20, 16). De son côté, Thomas, lui, a besoin de voir pour croire. Jésus dira à ses amis : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » (Jn 20, 29).

« Y croire », c’est éduquer et exercer nos sens intérieurs au sens et à la réalité profondes de l’existence et leur donner pouvoir de nous conduire vers plus loin, vers plus beau, à travers les Golgothas de nos Vendredi Saint, jusqu’à la Lumière de Pâques… Alors que verrons-nous ?

Paru dans Journal Vie et Foi, no 188-2019

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mercredi 27 février 2019

Revenir à l’essentiel…

Non, ceci n’est pas une publicité pour un magazine ! Plutôt une invitation au voyage… Voyager léger, c’est si agréable : on se sent libre. Je me souviens des vacances familiales de mon enfance. Nous partions chaque été en camping. Mes parents chargeaient la minuscule VW polo familiale avec le « strict nécessaire » pour la semaine puis nous installaient, mes deux petites sœurs et moi, entre les bagages et le plafond de la voiture. Il fallait nous y voir ! Et ne croyez-pas qu’au fil du temps les enfants demandent moins de matériel… Plus les années passaient, plus la quantité de matériel devenait impressionnante : grande tente familiale, vélos, bateau pneumatique, table et chaises… Une année, la voiture était tellement remplie et couverte de matériel du toit au pare-chocs (arrière évidemment) qu’il fut décidé qu’une remorque fût nécessaire l’année suivante… Ce qui arriva ! Bref.

En avançant dans l’existence, nous accumulons une quantité ahurissante d'objets divers. Nos maisons ne sont-elles pas remplies de bibelots en tous genres, souvent complètement superflus, parfois abimés ou même oubliés – et pour lesquels nous avons déboursé de l’argent ! « Car, même si l'on pointe facilement du doigt l'inutilité de ces objets, 53% des Français n'hésitent pas à dire qu'ils ressentent de la frustration et du regret lorsqu'ils doivent se séparer de ces choses. 36% des personnes interrogées assument même le fait de conserver ces objets parce qu'ils n'ont pas envie de les jeter. »1 L'accumulation nourrit notre puissant besoin de sécurité, même si nous savons plus ou moins consciemment que nous baignons dans l’illusion…

Par ailleurs, des amis qui déménagent m’ont confirmé la joie qu’ils ont sentie de se débarrasser de « toutes ces choses » et de repartir plus libre. En fait, il est relativement aisé de faire ce tri lorsque le départ est prévu. En revanche, si l’on est contraint de s’y mettre à l’improviste, ça risque de coincer… sans compter que, si l’on ne vit pas seul, il faudra se mettre d’accord avec ses proches. Cas extrême : un ami français a vu brûler entièrement sa maison sans qu’il n’ait rien pu prendre avec lui. Il m’a avoué être resté en pyjama dans la rue en attendant les pompiers et en regardant les flammes détruire tout ce qu’il avait avec un infini désarroi.

Outre le drame humain de se trouver sans rien, sans cesse, nous sommes tentés de réduire ce que nous sommes à ce que nous avons, de faire de nos chaumières ici-bas des demeures éternelles, de faire de nos sentiers des dépotoirs, d’emplir nos poches de vent… A l’homme qui avait accumulé de grandes richesses, Dieu dit : « Tu es fou, cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 20)


Nous n’avons pas le courage aujourd’hui de nous défaire de tout notre fatras ? La vie et ses épreuves s’en chargeront tôt ou tard : quelle rude et bonne nouvelle ! Arrivés nus (en réalité !), nous repartirons REMPLIS DE LUI à la mesure de ce que nous aurons VIDER EN NOUS…

« Jésus envoya ses disciples en mission. Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » (Mc 6, 7-9).

Paru dans le Journal Vie et Foi, no 189-2019

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Légende : Bon débarras !

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(1) https://www.huffingtonpost.fr/2016/10/17/plus-dun-francais-sur-deux-reconnait-quil-possede-trop-dobjets-exclusif_a_21582961/

vendredi 15 février 2019

La communion tous azimuts !

En ce mois où est célébrée la semaine de l’Unité des Chrétiens, je vous propose une petite balade au pays de la communion. « Communion », voilà un mot-tiroir plein de sens ! Pour élargir l’esprit des enfants à ce sujet, les catéchistes aiment parfois disséquer ce mot pour en trouver d’autres de la même famille qui l’éclairent. Qu’y aperçoit-on ?

-    « Commun » : Que peut-on avoir en commun se demandent des amis ? Nos goûts, nos idées ?
-    « Comme » : Voici un mot pour parler des ressemblances.
-    « Commune » : c’est la grande communauté locale réunie autour de son Conseil municipal.
-    « Union » : C’est ce lien fort, ce désir d’être ensemble qui nous relie les uns aux autres par exemple lorsqu’on parle du mariage…
-    « Muni » : Si je le suis, c’est que j’ai tout dont j’ai besoin.
-    « Uni-e » : se dit par exemple d’une couleur lisse et sans inégalité ou d’une famille où l’on ne trouve pas de division !
-    « Un » : Dans une prière, Jésus demande à son Père que tous les hommes soient « un » (Jn 17, 21), c’est-à-dire qu’ils ne forment qu’un seul Corps.

Et voilà la « communion » éclairée de multiples manières !

A l’origine, le mot est formé de deux autres termes : « cum », avec, et « munus », la tâche ou la charge, comme dans « municipal ». Ainsi étymologiquement, le mot « communion » a une portée politique au sens large et signifie « avoir une responsabilité commune ». La « commune » au sens politique et territorial, c’est donc l’ensemble de celles et ceux qui prennent part aux charges communes. On trouve encore, selon la même origine, le mot « immunité » qui signifie justement être exempté des charges. On le voit bien, les sphères sociale et politique, bien qu’elles soient des espaces fort conflictuels, sont des hauts-lieux de « communion » ! Voici donc la communion envisagée sous un angle nouveau et dynamique, puisqu’il pointe sur une responsabilité, une œuvre commune à faire advenir.

Sur le plan ecclésial, la communion (le fait de consommer le Pain) implique aussi ce sens premier, social, mais il est transcendé ! Les chrétiens utilisent le mot « communion » pour parler soit du Pain de vie (le Pain-Corps est en lui-même la « communion », soit aussi du moment de la célébration où le peuple s’approche de la Table pour s’en nourrir…

Nous en avons trop souvent une perspective individualiste (communier pour me nourrir spirituellement, pour m'apporter à moi un réconfort). Le champ sémantique originel du mot nous oblige à en élargir considérablement la portée : je vais (démarche active) communier pour m'engager, avec toute l’humanité réunie mystérieusement au Christ en un seul Corps, au service de l'œuvre commune à laquelle le Christ invite chacun : le salut du monde. Communier, c'est prendre part à la rédemption. Il s’agit d’un engagement qui consiste à se mobiliser, à se mettre au travail au service d’une œuvre de salut qui inclut toute l’humanité ! Evidemment, cela commence en soi-même…

Un être dispersé, désuni à lui-même et aux autres n’est qu’un sous-être qui a besoin d’être restauré, relevé, redressé. Dans l’Evangile, le cas du possédé de Gérasa (Mc 5, 1-20) qui vit dans les tombeaux est un exemple frappant… L’appel à vivre en communion est inscrit au plus profond de l’être : nous sommes conçus pour « exister en communion ». Cet appel est d’autant plus fort que, lorsque cette communion est rompue en nous et/ou entre nous, nous en souffrons terriblement… Cette souffrance n’est-elle pas le rappel douloureux que nous sommes justement faits pour « communier » ?

Que ce soit au sens de l’unité intérieure, au sens social et politique ou au sens chrétien, la communion n’est donc pas optionnelle : elle est une nécessité vitale pour l’homme. C’est même la condition première du développement et de la croissance intégrale de l’Homme.

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