Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

mercredi 10 août 2011

Devenir les "parents" de ses parents âgés : les enjeux d'une relation filiale

S'agissant de leur état de santé, faut-il "ouvrir les yeux" d'un parent malade ou déficient qui s'entête à penser que tout est pour le mieux ? La question est piégée car un point de vue n’est qu’une vérité parmi d’autres. En ne fondant le lien et la communication qu’à partir de leur approche logique (rationnelle ou émotionnelle), les partenaires s’apprêtent à entrer dans un affrontement stérile parce que le lien ne peut pas être une seule suite d’arguments/positions et de contre-arguments pour/contre tel ou tel objet. Il ne peut pas non plus être limité à une discussion sur fond émotionnel (je veux/je ne veux pas). Il faut pouvoir déplacer son point de vue pour entrer dans un climat relationnel plus large. Du point de vue spirituel, la solution solide ne se trouve pas dans un compromis, mais dans une conversion...


Evidemment, le parent souffre de perdre sa capacité de décision. Sa responsabilité rongée et diminuée qu’il lie souvent et de manière erronée à la perte de sa dignité ne l’aide pas à sortir de l’affrontement. Pourtant, la fratrie doit parfois prendre les décisions nécessaires et ne pas fuir. Pour cela, il nous faut apprendre à perdre notre pouvoir (de persuasion) rationnel et logique pour passer à une communication plus profonde, plus intime, plus intérieure, évidemment plus exigeante pour soi-même ! Cela signifie entendre et  parler entre les termes ou au-delà des mots. Entrer dans ce qui est « inter-dit » ! Cela va passer par le compagnonnage, le cheminement avec. Cela va impliquer le fait de rester dans la relation autrement. Il faut apprendre à entrer en relation par d’autres biais que la parole, p. ex. par l’exploration polysensorielle de la relation. Cela va demander une sacrée dose de patience et de solidité personnelle, car rester en silence – parfois un intense moment – sera une difficulté. Plus la relation a été superficielle ou mal établie, plus dure est ressenti ce compagnonnage trop intime, malaisé, bizarre ! On pressent qu’il est pratiquement impossible d’aborder des sujets tabous alors même que jamais on n’a été habitué à échanger sérieusement et profondément en famille au sujet de la vieillesse, de la mort, du deuil, de la spiritualité ! C’est pourquoi il est si important d’anticiper cette étape complexe de la fin de la vie, de prendre le temps d’aborder la vieillesse et les éventuelles décisions à prendre avant que ne s’installent les difficultés, de préparer le terrain, de briser certains tabous, C’est un appel à rouvrir une brèche relationnelle dès que possible.

Pour ce faire, essayons de prendre le courage de leur demander comment ils voient leurs vieux jours ? Comment ils abordent le fait qu’ils pourraient perdre l’usage de leur raison ? Comment ils prendraient le fait que la fratrie devra peut-être décidé à leur place ? Comment devrait agir la fratrie dans ce cas ? Comment ils ressentiraient le fait que leurs enfants prendront des décisions importantes à leur place ? C’est peut-être l’occasion de les rassurer que cela sera fait dans l’amour, pour leur bien. Que les enfants se réuniront pour discerner, en priant Dieu de les conduire pourquoi pas si l’on a foi en Lui ?

Plusieurs éléments invitent à la détente de la situation :
- La « politique des petits pas »
- Attitudes alternées de miséricorde et de fermeté
- Ecouter et rassurer sans cesse
- Cheminer avec – faire du compagnonnage
- Discerner avec la fratrie

La bible parle d’exhorter les vieux lorsqu’ils sont bloqués dans leur logique ou s’ils s’entêtent. L’exhortation est une supplique ferme et appuyée, une prière insistante accompagnée de douceur et de délicatesse. Elle agit par « usure ». Elle amène l’autre à concéder lui-même lentement en lui faisant voir tour à tour, notre amour, sa fragilité, sa dignité, notre impuissance, sa beauté, notre exigence, son état de santé… Un accord arrive mais pas dans l’ordre de l’argumentatif. Plutôt dans l’ordre de l’amour ! Bien plus solide, bien plus porteur, mais moins vite…

Deux paroles bibliques ressources :
« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8, 28)
« Heureux l’Homme dont le Seigneur est la force, des chemins s’ouvrent dans son cœur. » (Ps 84, 6)

Quelques chemins spirituels pour ouvrir la relation :
- Bénir la personne largement pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle fait. Dire et penser du bien d’elle ; demander à Dieu une grande fécondité pour cette personne ! La bénédiction développe des potentialités inespérées.
- Recevoir l’Eucharistie et l’Onction des malades ;
- Imposer les mains en priant pour l’ouverture du cœur et la paix de la personne ;
- Exhorter

L’enjeu : ACCOMPAGNER (rester avec) – VOIR (observer avec) – ASSUMER (traverser avec)

Le lien filial avec Dieu a une influence directe et puissante sur la relation filiale avec ses parents. Ainsi, plus mon lien filial avec Dieu sera vrai, fort, intense, solide, plus ma relation filiale avec mes parents portera les fruits de cette première relation fondatrice avec mon Dieu.

Comment je vis ma relation avec Dieu-Père -> Comment je vis ma relation avec mes parents

Enfin, je peux bien me décharger des soins personnels et médicaux de mes parents sur des professionnels, mais jamais je ne pourrai me décharger de ma relation de fils et de fille, car elle est unique. Je peux bien m’en débarrasser, mais personne ne peut me remplacer dans ma position unique de fils/de fille.

Pascal Tornay
mai 2011

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