Aimer - connaître

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Photo de Guy Leroy

mercredi 4 juin 2014

Au milieu des femmes

Au milieu des femmes

J’arrive de la gare en retard.
Il y avait un homme seul sur les voies ferrées.
J’ouvre la porte derrière le bar.
Des centaines de femmes sur les voies entre avenir et passé.

J’assume le regard.
Des dizaines d’yeux étonnés, éberlués.
J’avance lentement hagard.
Voici un homme sur la voie des femmes !

Je me tiens droit.
Et vois deux femmes s’approcher.
Je cherche discret et coua
Un espace libre où m’échapper.

J’écoute des cheveux aux chevilles :
Des voix de femmes m’arrivent de là-haut.
Alentours, elles sourient
Béatement, et moi le leur renvoie un peu minaud.

Un petit air d’exotisme :
Où mettre ce corps d’homme inattendu ?
Quel est cet univers incongru ?

Tant de femmes… Adrénaline.
Du piment me perce la poitrine.
Voici l’homme : vulnérable, enfin !

jeudi 29 mai 2014

Cycles longs - cycles courts

J’ai souvent des difficultés à ingérer la presse quotidienne. Au fil des pages, je me demande quel sens et quel impact cela peut bien avoir de prendre connaissance de tel ou tel événement en tant que phénomène social sans qu’il soit relié. Relié à un tout, à un contexte plus général, à un faisceau de sens qui n’émane que dans la durée. Que puis-je retenir d’un fait isolé si ce n’est le plaisir de savourer que « moi, je sais ce qui est arrivé, car je l’ai lu dans le journal (où je l’ai vu à la télé ! ». C’est ainsi que je n’ai jamais été abonné à un « quotidien »… Le journalisme d’information quotidienne balbutie, tente des élargissements, des recoupements avec des faits passés, mais reste toujours en surface… Et je n’aime pas perdre mon temps en surface. Alors, soit j’en reste au titre ou aux 5 premières lignes – combien en reste là ? – ou alors je lis les brèves des agences de presse qui, en général, en restent plus ou moins aux faits.

Pour comprendre une réalité, je pense qu’il faut d’abord « être saisi » par ce qui arrive au sens le plus large du terme, diversifier les points de vue, pouvoir élargir le contexte et varier les cycles d’analyse. J’entends par là que, pour relier un fait à un contexte global qui soit significatif, il faut pouvoir le lire, et le relire encore. Un même fait, relu contextuellement dans une analyse à court, à moyen, à long et à très long terme (1), va prendre une importance et une tournure tout à fait nouvelle. C’est seulement en inscrivant un fait à l'intérieur de certaines durées, en le relisant et en le reliant constamment à des environnements politiques plus généraux que nous comprendrons toujours plus profondément, par exemple, le vote du 9 février sur l’initiative « contre l’immigration de masse ». C’est, je crois, dans la conjonction des cycles courts et longs (2) que la compréhension de l’histoire me semble la plus riche.

Le fait est que, traiter un fait aussi sérieusement est un travail et non plus un loisir. Et, en effet, la lecture quotidienne de la presse passe avant tout aujourd'hui pour un loisir dans notre « civilisation »… Ce voyeurisme sans compassion est d’ailleurs souvent décrié.

Bref, en matière d’information, le temps fait son travail de discernement. Ce qui semble important aujourd’hui ne le sera déjà plus demain et ce qui semblait tellement marginal hier, sera peut-être la question cruciale de demain… Personne n’acquiert quelque sagesse que ce soit dans l’instant ! Pour aujourd’hui, donc, j’en reste aux titres, demain m’en dira plus… ou pas, cela dépendra de ma capacité à être relié…

Pascal Tornay


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(1)  Jusqu’à plus de 1000 ans, comme Fernand Braudel dans son livre « La dynamique du capitalisme » (Flammarion, Paris, 1999) ou plus encore lorsqu’il s’agit de l’étude de la trajectoire des civilisations.
(2)  Cycles dits « Kondratiev ». Nikolai Kondratiev est un économiste soviétique célèbre pour sa théorie des cycles économiques, démontrant que les économies capitalistes connaissent une croissance soutenue de long terme (50 à 60 ans), suivie d'une période de dépression.

Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nikolai_Kondratiev. Le fond de cette théorie – reprise par un autre économiste, contemporain de Kondratiev, Joseph A. Schumpeter et liée au contexte économique – a été utilisée par d’autres chercheurs comme
William Strauss et Neil Howe aux Etats-Unis pour l’appliquer à d’autres contextes notamment dans l'histoire de la politique électorale des USA.

lundi 7 avril 2014

« Voulez-vous sortir avec moi ? »

Les amoureux le savent bien, eux qui aiment tellement « sortir ensemble » ! Je me demande d’ailleurs s’il n’y a pas là une clé pastorale pour la vie de tout Mouvement chrétien. Sortir, n’est-ce pas là déjà un premier mouvement ?

Explorons un peu concrètement.
Sortir, c’est aller au-dehors. C’est passer un seuil. C’est s’ouvrir, s’aérer.
Sortir, dans l’esprit des jeunes, c’est se changer les idées, rencontrer les copains et copines, aller retrouver un groupe sympa, une fraternité,… l’âme sœur ! Sortir, c’est aussi explorer, s’aventurer, s’offrir de nouvelles opportunités.
Sortir, c’est aller au gré du vent sans toujours avoir de plans précis. Se laisser pénétrer de ce qui se passe ici et maintenant avec sa dose d’imprévus… 
Sortir, c’est se sortir de soi, se mettre sous les yeux d’autrui, prendre le risque d’une parole, d’un regard parfois pas si amical…

De son côté, le pape François invite aussi toute l’Eglise à ce genre de « sortie » à la suite de tant d’autres et en premier le Christ. « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti », dit Jésus (Mc 1, 38). On nous exhorte donc à « sortir » – « sortir ensemble » puisque le Christ envoie ses disciples deux par deux –, mais ce n’est pas dans un but captatif. Trop souvent, nous sommes sortis dans le but de « récupérer » pour remplir nos lieux de culte, pour relever nos groupes paroissiaux ou nos services d’Eglise. Un tel comportement témoigne tout juste d’une centration sur soi-même et d’une absence de gratuité. Et cela s’est très vite vu et très vite su… Sortir pour le bien de l’autre, fut-ce au prix de mon bien à moi : c’est dans cette sortie-là, radicale, oblative, que le témoignage d’amour est porteur de vie ! Le prix à payer ? Le don de ma vie !

La Bible regorge de situation où quelqu’un a été appelé au-dehors et ce « dehors » n’est pas souvent géographiquement très éloigné, car le Seigneur demande de commencer par son prochain. « Mais qui est donc mon prochain ? » demande le légiste à Jésus (Lc 10, 29). Bonne question Monsieur le légiste : 2000 ans après, l’Eglise continue à se le demander…

Jésus répond par une parabole et conclut : 

–    « Lequel de ces trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme tombé aux mains des brigands ? »
–    Le légiste répondit : « Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. »
–    « Va, et toi aussi, fais de même. »

Le samaritain n’avait comme plan d’action pastorale et de discernement que son cœur disponible et sa miséricorde. Sur sa route, s’est présentée une situation. Il a momentanément mis de côté son programme pour se jeter au service du frère humain blessé et mourant. Ce faisant, il a transgressé la loi religieuse de son temps qui lui interdisait de touché des demi-morts jugés impurs et pourtant, Jésus le donne en exemple… La loi ne fait pas vivre, saint Paul le dira encore avec ses mots (Cf. Rm 7). « Sortir » est une question de vie ou de mort puisqu’il s’agit d’aiguiller nos semblables sur les traces de la Joie de l’Evangile ! « Sortons donc ensemble » sans crainte, si vous le voulez bien, car l’Esprit est à l’œuvre et il nous précède dans tous nos élans !

Pascal Tornay

jeudi 20 mars 2014

La récolte de carottes de Tante Imelda...

Cap dit de Bonne-Espérance, Afrique du Sud
Tant de nos espoirs ne sont-ils pas d’une exquise superficialité ? Ecoutons-nous parler : « J’espère qu’il fera beau demain ; que je pourrai repartir en vacances à Majorque en juillet ;  que la récolte de carottes de tante Imelda sera meilleure que celle de l’an passé (pas difficile, elle n’a rien eu !) ; que Grand Papa ne se cassera pas la pipe dans les escaliers en revenant de chez son dentiste ; que Jérôme réussira enfin son examen de conduite ; que les jeunes cesseront d’uriner sur les rosiers du jardin les soirs de bal ou encore que la taxe-poubelle communale diminuera au prochain semestre... »

Ne sont-ce pas là de vulgaires espoirs ? Vulgaires, au sens de banals, car pas vraiment pris au mot et exprimés à la sauvette : vagues désirs, espoirs sous-investis, sous-enracinés,  faux-espoirs même, espoirs errants, sans filiation, il y en a tant d’espèces… Tant d’espoirs un peu volages peut-être, mais je salue le premier pas encourageant qui consisterait à les prendre au sérieux ! En effet, un véritable espoir peut-il croître à l’aune d’un « Ah, tu verras, tu verras.. » (de Claude Nougaro) ? Ne devrait-on pas, pour qu’il donne le meilleur de lui-même, le prendre à bras le corps et travailler à le planter en nous ?

Si l’on croyait véritablement à la portée de nos espoirs enfouis, si nous laissions les fragiles murmures de nos élans quotidiens avoir prise, je crois que nous serions capables de faire advenir dans notre vie une réalité nouvelle. Ah, la foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, dit Jésus…(Mt 17, 20)

Clamons-le, c’est déjà une immense merveille qu’un homme sur la terre croie que demain sera meilleur ! C’est certes un cri fragile, mais fondamental et capital. Je le crois. Pourtant, sur la durée, personne ne voudrait investir – car il s’agit bien d’un capital que l’on peut aussi bien perdre – son espérance sans qu’il ne repose sur aucun fondement ?

L’espoir doit pouvoir s’enraciner quelque part pour croître, sinon il est vain et finalement destructeur. Il s’enracine, je crois, dans la foi – au sens le plus large du terme dans une espèce de confiance en la suprématie du vrai, du bon, du beau et du bien. Une espèce d’assurance qui prend elle-même sa source à cet endroit de l’Homme que l’on appelle « cœur ». A cet endroit même, où habite notre dignité, notre unité, notre indestructibilité, notre immortalité,… notre divinité !

C’est cela qui m’émerveille et c’est cela que je contemple avec vous aujourd’hui ! Le mystère de l’Homme qui croit malgré tout ! Une foi malhabile qui passe par l’espoir, que les chrétiens vont pousser à un degré inouï – grâce à Dieu – en forgeant un terme plus fort encore : l’espérance ! A tous, il est donc permis d’espérer en raison de ce « cœur habité », ce centre qui, malgré les souillures, les blessures, les éclatements et même la mort, nous conduit vers la Lumière. Quel incroyable GPS ! Comme l’aiguille de la boussole, notre « cœur » ne quitte jamais le Nord. Nous pourrons être dans les pires situations de désespoirs, être totalement perdu dans les ténèbres, notre « cœur » sera cette part si centrale de nous-mêmes, si divine, qu’elle retrouvera toujours les traces de la Lumière. Rien ne peut nous séparer de nous-mêmes et donc de l’amour du Christ, dit saint Paul (Rm 8, 38-39). Professer cela de ses lèvres et le croire dans son cœur, c’est être sauvé dit-il encore (Rm 10, 9).

Certes, nous les chrétiens nous espérons. Mais nous n’espérons pas à notre hauteur ! Qu’aurions-nous de spécial, alors ? Non, nous espérons dans – dedans – le Christ, comme dans l’histoire si juste de ces bébés à naître. Ils parlent de leur maman – enceinte – à l’intérieur d’elle-même, se disant : « Tu crois qu’il y a une vie après l’accouchement ? Tu crois que maman existe, toi ? Tu crois qu’elle va nous aimer ? »

Stèle de Minerve, symbole d'espérance
damecarcas.blogzoom.fr
Pour ma part, mes faux-espoirs, mes désirs « bling-bling » ont été mis à rude épreuve dans ma courte vie et se sont transformés en espérances fondées et réelles dans lesquelles je ne cesse d’essayer d’investir au maximum. De grandes épreuves ont purifié l’espérance des chrétiens d’hier et d’aujourd’hui pour le fonder sur le seul Christ ressuscité, dont l’expérience de la présence est inscrite dans la chair de celles et ceux qui ont souffert et souffrent encore, témoignant ainsi des espérances les plus folles et donc, dans le Christ, les plus réalistes ! Je témoigne qu’il est victorieux avec moi, dans ma vie. Alors que tout semblait être au plus mal, c’est là qu’il m’a appelé à sortir de la mort – et il y en a tant de sortes… Il l’a fait pour chacun d’entre nous ! Sur la croix, Il a tout pris sur lui. Il a passé la mort assumant tous les désespoirs des hommes. Et, traversant les ravins de la mort dans l’amour, le Père l’a ressuscité d’entre les morts pour que quiconque puisse fonder réellement sur Lui tous ses espoirs, tous ses désirs.

Le Christ est victorieux de toute mort ! Et, pour tous ceux qui mettent leur confiance en Lui, Il devient la pierre d’angle sur laquelle tous les espoirs humains peuvent reposer. Dieu a tant aimé l’Homme qu’il a voulu partager en tout sa condition excepté le péché (Ph 2) et croyez-le, rien de ce qui touche un cœur d’Homme ne lui est indifférent. Rien, pas même la récolte de carottes tant attendue de tante Imelda…

Pascal Tornay

dimanche 5 janvier 2014

Veille intérieure



(c) http://sergecar.perso.neuf.fr
Belle et bonne année à tous ! Elle sera extraordinaire si nous laissons jaillir le Meilleur en nous. Pour cela, veillons à veiller, régulièrement pour que notre vie soit toujours orientée, c'est à dire tournée vers la lumière de l'aurore. L'éveil ne débute-t-il pas au creux de soi dans l'émerveillement de cet Autre en soi ?

Veille intérieure

Se tourner vers la lumière
Intérieure
Pour tenir dans la nuit
Et demeurer
Attentif

Se dresser contre l’injustice
Intérieure
Pour tenir dans la paix
Et demeurer
Fort
(c) Diocèse de Fréjus-Toulon

S’ouvrir à l’altérité
Intérieure
Pour tenir dans la relation
Et demeurer
Juste

Se battre pour la vérité
Intérieure
Pour tenir dans l’amour
Et demeurer
Libre

Se laisser pétrir par l’amour
Intérieur
Pour tenir dans la joie
Et demeurer
Humain.


samedi 28 décembre 2013

Noël 2013

Beau, bon, joyeux, saint, paisible,
unifiant et restructurant Noël à tous !

Film "La Nativité", de Catherine Hardwick, USA, 2006

Entraînement régulier

Eugène Delacroix,
Lutte de Jacob avec l'Ange (détail),
1855 ?-1861
Peinture à l'huile et cire sur enduit, 
Paris, Eglise Saint Sulpice

Lorsque je questionne des enfants, leurs réponses, parfois étonnantes à première vue, expriment souvent un bon sens simple et bien orienté. A la question de savoir s’ils estimaient plus important de gagner ou de participer, les conclusions furent assez claires : « Il faut aimer participer, mais vouloir vraiment gagner c’est encore beaucoup mieux ! » 

N’êtes-vous pas d’accord ? N’est-ce pas triste de rester en marge ? Décourageant de voir le camp adverse gagner sans cesse ? Anéantissant d’entendre constamment les critiques acides des absents ou des «sachant-mieux»? Ne seriez-vous pas désorientés de voir des gens participer sans plus avoir de goût pour la victoire ? Des gens agités au milieu d’autres tout aussi agités, l’air hagard, les yeux assis et les mains pleines… Au contraire, n’est-ce pas plutôt touchant et bouleversant de voir une équipe – malgré ses peines – mettre toute sa bonne volonté et ses compétences au service de l’unité et de la victoire ? Même si au score elle finissait par perdre, elle n’aurait pas complètement perdu… Certains autres voudraient bien gagner, mais sans entraînement régulier, sans payer de leur personne. Comme si la victoire s’attrapait comme ça, en passant, en coup de chance ! Quelle méprise ! Parlez à des champions et demandez-leur le prix de leur victoire. Ils vous diront – sûr – que toute victoire se gagne dans le don de soi-même, de son temps et ce, souvent sans compter. La Victoire est une Passion !

Et nous, chrétiens d’ici, ne sommes-nous pas parfois des chrétiens de la marge, un peu hagard, des chrétiens sans passion aux yeux assis et aux mains pleines ? Ce Temps de Noël qui nous est donné jusqu’au début du Carême (5 mars) pourrait être l’occasion de renouveler notre désir de gagner et surtout de nous entraîner plus régulièrement pour la victoire qui se gagne dans le Christ au service des frères et sœurs, à l’adoration silencieuse et à la prière communautaire.

Guy Lohmuller,
Le bien et le malArtiste roumain, Brasov, 2005
(c) www.livegalerie.com



Je crois qu’au fond, nous voulons tous gagner ! Je crois que ce désir est vraiment bon et légitime, plein de justice et de vérité… plein de Dieu ! Oui, je crois qu’il nous faut vouloir gagner dans la vie. Il nous faut même vouloir gagner LA VIE. Je crois vraiment que participer, comme me l’ont dit les enfants, ce n’est pas suffisant…

Mais alors quel sens profond revêtent les victoires pour nous les chrétiens ?
Cette question, je vous la laisse à ruminer et à mûrir, durant ce Temps de Noël… N’est-ce pas dans la mûrissement d'une conviction profonde que se trament les plus grandes victoires ?

Pascal Tornay

lundi 18 novembre 2013

savoir ...

Voici une pensée qui aurait dû figurer très tôt sur cet espace. L'erreur est désormais réparée :

Deux sortes d'hommes sont à craindre :
   - ceux qui savent (car ils prennent leur connaissance  comme un piédestal et s'y installe pompeusement)
   - et ceux qui ne savent pas (car l'ignorance tient l'homme dans le pire état qui soit).

Il reste les sages qui, émerveillés du monde et serviteurs de la vie qui les entoure, savent qu'ils ne savent à peu près rien et en rendent grâces au Ciel...

Pascal Tornay

samedi 9 novembre 2013

La puissance de l’Amour

http://www.naqshbandi.ca/images/sh_nazim/cheikhNazim.jpgIl est vrai : la sagesse sourd ci et là dans le genre humain, plutôt d'ailleurs dans les coeurs qui parviennent à se tenir longuement à l'écoute, plutôt que dans ceux qui s'épanchent de paroles. En effet, les plus grandes choses s'accueillent et se vivent, mais peinent souvent à être dites. Pourtant, après avoir creusé le sillage d'un silence attentif et secret dans la contemplation de la Sagesse, une parole peut être osée, porteuse d'infini, pleine de justice et de tendresse, germes d'éternité, avec la volonté ferme de connaître malgré tout et d'aimer de manière inconditionnelle. De manière "permanente", dira le sage soufi, c'est à dire telle que le Seigneur Dieu peut

J'ai trouvé quelques perles d'une sagesse exceptionnelle chez ce vieux sage, cheikh Nazim Haqqani, au détour de la lecture d'un ouvrage trouvé dans une brocante et dont le titre avait attiré mon attention : La genèse de la Sagesse.

Cheikh Nazim est un responsable religieux musulman, né en 1922 à Larnaca (Chypre). Il est le chef spirituel et le guide de l'Ordre soufi Naqshbandi, une des quatre confréries soufies. Cheikh Nazim a écrit de nombreux ouvrages sur le soufisme (la voie mystique de l'Islam) et il a beaucoup voyagé dans le monde notamment en Occident pour propager les enseignements d'amour, de paix et de tolérance (...). Il lutte également activement contre toute forme d'extrémisme et d'intégrisme et participe aux dialogues interreligieux.

Voici, selon moi, un de ses plus beaux textes (avec "l'éternel désir" aux pp. 200-205 de l'ouvrage précité). Bien que les courants soufistes soient des organisations initiatiques et ésotériques - ce qui en ceci, les oppose au christianisme - chacun constatera les convergences fondamentales et les intuitions spirituelles communes avec le christianisme. Pour le pratiquant soufi, le Christ reste un prophète et non pas le Fils de Dieu... Cela n'empêche pas de déceler dans la pensée du Cheikh, une vision de l'Amour,  de ses conséquences éthiques, sociales et spirituelles très proche de celle des chrétiens. La puissance que seul peut avoir l'Amour qui vient de Dieu et dont nous, êtres humains, bénéficions a pour but pour la sanctification de l'humanité toute entirère. Cet Amour divin permanent et infini, pour nous chrétiens a une histoire, une proximité ontologique unique, un visage : le Seigneur Jésus. Et je trouve que cela change tout !

vendredi 6 septembre 2013

Les relations entre l'Eglise et l'Etat en Valais : Enjeux pour la nouvelle évangélisation

Jésus répondit au gouverneur Pilate :
« Mon royaume n'est pas de ce monde.
Si mon royaume était de ce m
pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
Mais mon royaume n'est pas d'ici. »

(Jn 18, 36)
Objectifs de l'ouvrage

- Connaître les rapports qu'entretiennent l'Eglise et l'Etat.
- Mieux comprendre les rouages de ce rapport en Valais actuellement.
- Pouvoir articuler ce rapport avec les enjeux de la nouvelle évangélisation.
- Saisir avec plus d'acuité les enjeux pastoraux liés à la nouvelle évangélisation dans la société actuelle.

Introduction



Les rapports du politique et du religieux ont été éminemment conflictuels au cours de l’histoire de l’Europe occidentale. Dans la sphère[1] de l’Etat, il faut sans cesse gagner du terrain, assurer son autorité, obtenir – fut-ce par la force – un maximum contrôle social pour asseoir son pouvoir.
Dans la sphère de l’Eglise, il en a été – malheureusement – de même ! Aujourd’hui, on le verra, la plupart des responsables d’Eglise ont tiré les leçons des erreurs du passés et ont pris conscience que les élans missionnaires de l’Eglise moderne – la nouvelle Evangélisation – doivent passer par le service de l’Homme et non pas par la puissance autoritaire du contrôle social.
Ainsi, la nature expansionniste du politique et du religieux a fait que l’une et l’autre sphère ont été très vite en conflit. Il a fallu de nombreux siècles pour que les potentats du politique et du religieux distinguent bien leurs terrains d’action, définissent certaines règles de bienséance mutuelle, les respectent et parviennent à trouver des éléments de complémentarité.

lundi 2 septembre 2013

Hommage à Gilles Roduit, curé "déraciné"...

Dimanche 1er septembre 2013, la Communauté paroissiale de Vollèges s'est réunie pour célébrer une dernière fois avec Gilles Roduit, prêtre et curé in solidum dans le Val de Bagnes durant 26 ans... Il vogue aujourd'hui vers de nouveaux horizons et, dans ce mot, au nom de la paroisse de Vollèges, je lui souhaite bonne route...

Les premiers pas

Cher Gilles, à la rentrée 1987, tu arrivais comme vicaire à la cure de Bagnes, tout frais émoulu du Séminaire! Le curé – Charles Neuhaus – t’accueillais en disant que, – je cite le Bulletin paroissial – «l’enthousiasme de ta jeunesse, ton sourire, les vérités de la foi que tu avais approfondies dans l’expérience de la vie religieuse et tes études théologiques te permettraient d’accomplir un ministère fécond dans les paroisses dont tu aurais la charge.» Le curé Neuhaus exhortait aussi les communautés à « t’aider, par leur bienveillance à faire tes premiers pas… » Il terminait son mot en te donnant la bénédiction de la part du Seigneur Jésus. Et c’était parti… pour 26 années dans ce coin de terre !

samedi 3 août 2013

Les dessins de Maeva et Fabrice

A l'instar d'Emilien, Maeva nous a dessiné, Colette et moi, devant notre maison ! Avec piscine, cheminée en forme de coeur. A noter qu'aucune poignée de fenêtre n'a été oubliée. Enfin, jamais je n'ai été aussi musclé !

Merci Maeva !




De son côté, Fabrice, mon filleul, nous souhaite à ma femme et à moi un bon retour en Suisse à l'occasion d'un voyage à l'étranger !
Merci Fabrice !

mercredi 24 juillet 2013

Maxime

On parle de « maxime » lorsqu’on a face à soi un précepte, un principe de conduite, une règle morale de valeur générale. Emmanuel Kant, le philosophe prussien du 18e s., spécialiste de la raison, du jugement et de la morale, définit ce terme par principe choisi librement par un individu et d'après lequel il dirige sa conduite. L’usage actuel se rapproche du sens suivant : proposition généralement courte, énonçant une vérité morale, une règle d'action ou de conduite. L’auteur, pour le bien dire, ayant parfois recherché un tournure syntaxiquement agréable à l’oreille avec des sons redondants ou une tonalité particulière. Les maximes ont leur synonymes : sentence, pensée, aphorisme. Mais n’oublions pas que « maxime » vient du latin « maximus » qui signifie « le plus grand ». Les maximes pourraient donc être les éléments les plus essentiels qu’une personne a discerné et qu’elle se donne pour bien vivre…

… à défaut de les proposer à la réflexion des autres… En voici trente-trois.

monde.garfield.free.fr
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1. Ecrire ou la vanité de croire qu’il restera toujours une trace de moi en dehors de l’amour reçu et donné…

2. Les blogs sont des pièges qui obligent les gens qui n’ont rien à dire à les obliger à le dire.

3. Agir en politique est fondamentalement un devoir et un bien. 
 
4. Le politique est une structure avec ses limites où, par le truchement du bien, on peut faire beaucoup de mal. 
 
5. La politique est un bien galvaudé par lequel certains parlent du bien à faire et ne le font pas.
 
6. es bonnes politiques commencent par l’action (qui peut être réflexive) de politiciens intègres, ayant le sens du bien et ayant le courage de le réaliser.

7. Les athées ont d’abord une mauvaise image de l’Homme. Qu’ils abordent ce dossier avant de dire qu’ils de croient pas en Dieu.

8. Arrêtons de dire que l’individualisme est essentiellement une plaie ! Allez vivre sous le joug des sociétés dont la conscience individuelle était niée…

9. Vouloir être le premier est une belle ambition. Ensuite, le vouloir sans cesse, c’est une manifestation cruelle d’un esclavage intérieur.

10. Notre subjectivité est peut-être la pire des tyrannies.

11. Je me vois chaque jour en train de juger les autres et me trouve dans l’incapacité de les aimer. C’est triste !

12. La plus grande liberté consiste à accepter librement la réalité telle qu’elle est.

13. Donner un sens à sa vie en la donnant pour d’autres est un summum.

14. Croire qu’on est parvenu par soi-même à la place qu’on occupe est un orgueil fabuleux !

15. Connaître ce qu’ont dit les plus grands philosophes est bon. En rester là est déplorable !
Pour croire en Dieu, croire d’abord en l’Homme est un détour incontournable.

16. Pour tout savoir, il faut aimer parfaitement.

17. L’hypocrisie est un art feint. Beaucoup sont autodidactes dans ce domaine.

18. Quand on a payé cher de sa personne pour gagner le cœur de l’autre, on n’est pas si vite prêt à le lâcher !

19. Avec la passion, on s’engage. Avec la bonne volonté, on va jusqu’au bout.

20. Il paraît que se suicider est courageux ! Le courage me semblait plutôt être, justement, dans le fait d’assumer l’existence !

21. La mort est un grand mystère : affirmer trop tôt qu’elle ne nous fait plus peur est un peu enfantin.

22. Dans ma vie quelle est le cas le plus récurrent : « J’voudrais bien mais j’peux point » ou l’inverse ?

23. Je crois qu’il faut souffrir pour connaître vraiment.

24. Il n’est pas possible pour l’homme de croître ici bas sans souffrir ou alors la croissance est poursuite de vent.

25. La liberté c’est de ne plus avoir peur de perdre ce qu’en réalité, on n’a jamais possédé.

26. La sagesse n’est pas toujours synonyme de vieillesse, mais toujours d’humilité.

27. Devenir sage, c’est accepter d’être limité et habiter foncièrement cet espace.

28. La base sociale la plus forte, c’est la croyance commune. Rien ne vient à bout de cela, pas même la mort.

29. Un des calcul sociaux les plus simples à effectuer, c’est de faire le compte de ce qu’a rapporté une guerre : le résultat est aussi simple que rapide à trouver : Il est absolument nul.

30. Le tort que se fait une personne en en faisant aux autres est tout simplement ahurissant !

31. Le jouisseur maximaliste est un homme seul et triste ! Tant ont fait cette expérience, tant souhaite la faire encore…

32. Le travail fait de l’homme, un adulte accompli, pour autant que l’homme ne le traite pas comme un dieu.

33. Mieux connaître, c’est aimer davantage. Mais c’est au prix de ma vie que cette maxime prendra son sens profond.

***

lundi 3 juin 2013

L'image de Dieu

Dieu ne peut pas être réduit à nos pensées sur Lui ! De même qu'aucun être humain ne peut être réduit à ce qu'un autre pense de lui. Dieu, comme l'alter ego, est un au-delà de la pensée, un au-delà du jugement. Tout simplement parce qu'il est un univers infini, complet et unique à lui seul, il m'échappera toujours. Complet et unique, certes, mais incapable de croître vers la plénitude tous seul. Il lui faut l'altérité pour atteindre l'éveil. Eveil à de multiples dimensions qui façonneront son visage. C'est ainsi que l'homme est appelé à entrer en relation avec l'autre, avec lui-même, avec Dieu, présent et si discret, au fond de lui-même. Encore lui faudra-t-il descendre, très bas, là où le temps s'affaisse, où l'espace se tord, là où la vie trouve une Source jaillissante. La foi est certes un don, mais pas un don au sens où seule une élite initiée pourrait l'obtenir. Surtout pas. La foi n'est pas une attitude irrationnelle, où alors elle est maladie mentale. La foi s'adresse aussi à la raison. Mieux vaut comprendre que croire, si cela est possible, a pu dire St Augustin d'Hippone.

Les hommes se sont créés des dieux. Ils continuent encore. Des dieux à leur hauteur de vue. Ces dieux-là ne sont pas les miens. Ils n'entendent ni ne parlent, n'aiment, ni ne détestent, ne consolent, ni n'accompagnent. Ils sont exigeants en vain et domptent l'homme à partir de leurs passions pour en faire des pantins. J'ai découvert un Dieu qui a une foi infinie en l'Homme qu'il a été d'accord par amour pour lui de l'accompagner sur les chemins qu'ils choisiraient et qui n'a usé que de sa foi et de son amour pour lui pour lui dire qu'il l'attendais plus loin, plus haut. Découvrir le Dieu vivant, c'est accepter de se dessaisir de soi-même, comme je dois me dessaisir pour oser le plus loin que moi-même. Alors dans les entrelacs d'un instant fugace, j'entendis, tout au fond de moi, Quelqu'un me dire : "Je t'attendais!"

"Dieu est vu
par l'homme
au niveau où
l'homme se situe."

*

"Dieu ne peut se révéler
à l'homme
que dans la mesure
où l'homme se transforme."

*

"Dès que Dieu n'est plus perçu
comme une expérience libératrice,
il devient un faux dieu."

*

"Si Dieu était,
- comme le pensait Nietzsche
dans sa révolte - une puissance
dont nous dépendons radicalement
et qui nous impose sa volonté
sans être engagé
d'aucune manière envers nous,

si Dieu était un être solitaire
qui se repaissait éternellement
de Lui-même,

si Dieu n'avait que soi
et rapportait tout à soi,

on ne comprendrais pas pourquoi,
n'ayant pas de différence qualitative
avec nous puis que fixé comme nous
dans un moi qui se repaîte de lui-même,

on ne comprendrait pas pourquoi
il serait Dieu plutôt que nous-mêmes !"


Maurice Zundel
in "Dieu, le grand malentendu", Editions St-Paul, Versailles, 1997


jeudi 16 mai 2013

Le magnifique dessin d'Emilien 
représentant Colette et moi devant notre maison. 
MERCI Emilien !


mercredi 1 mai 2013

IMMENSE VOL PERPETRE AU CENTRE LIZIBA

LE CENTRE PASTORAL ET SOCIAL LIZIBA FERME SES PORTES

A la suite d'un IMMENSE VOL - l'intégralité des biens du Centre - organisé et perpétré par PASCAL KANKU TSHISEKEDI, notre ancien directeur ad interim, le Centre pastoral et social LIZIBA à Kinshasa (R.D. Congo) se voit contraint  de FERMER DEFINITIVEMENT ses portes.

Photo de Pascal Kanku Tshisekedi.
Le voleur impuni en question
au milieu des biens qu'il a emporté.
Quelle gigantesque trahison ! Malgré tout, nous renonçons à toute poursuite contre notre ancien collègue, sûrs que la Providence s'en chargera un jour ou l'autre. Il n'y aura donc pas de rentrée scolaire 2013. Les efforts de toute la "Famille Liziba" en Suisse et en R.D.C sont complètement ruinés par la folie, la rage et les ambitions démesurées d'un seul homme.

Nous remercions très fraternellement et très chaleureusement les membres du Conseil de direction, les enseignants, le personnel, nos superviseurs les C.P.C.R, avec une gratitude particulière aux donatrices et donateurs en Suisse et ailleurs. Nous souhaitons tout le bonheur du monde à toutes nos apprenantes qui, durant près de 10 ans, ont donné sens à notre mission et qui ont terminé brillamment leur cursus à Masina Sans Fil. Enfin, au nom de tous, nous demandons pardon à toutes les apprenantes qui voient leur cursus interrompu brusquement et qui, ainsi, ne pourront pas poursuivre leur formation dans nos murs.

Un communiqué officiel plus complet sera publié à fin août à tous nos donatrices et donateurs. Ils méritent bien quelques explications !

De son côté, l'Association LIZIBA SUISSE, disposant toujours d'un patrimoine important, poursuivra son travail et offrira son soutien à d'autres organismes oeuvrant dans le sens du défunt Centre LIZIBA en République Démocratique du Congo.

"Bien mal acquis ne profite jamais !" A bon entendeur.

Avec tous nos regrets et notre tristesse, bien à vous tous !

ASSOCIATION LIZIBA SUISSE
Daniel, Pascal, Colette et Christine